Dans notre catalogue, qui fonctionne sous Horizon, les lecteurs qui font des recherches sont souvent confrontés -au moins pour les nouveaux, et cela en fait quand même pas mal chaque début d’année universitaire- à un vocabulaire qui leur échappe le plus souvent.
Et pourtant, ces mots qui parsèment les notices bibliographiques ou d’exemplaires sont des mots simples, qui disent bien ce qu’ils sont censés dire. Effectivement. A la condition d’être “bibliothécaire” et de s’y retrouver dans les arcanes d’un catalogage dont les tournures échappent complètement au lecteur lambda!
De prime abord, quoi de plus simple et de plus évocateur que la cote Dewey 658.83, que le n° inventaire NL 35625, que la salle de “libre accès”, que le terme “usuels”?
Imaginons que je suis un lecteur lambda, je fais une recherche sur le tourisme en France. J’obtiens 391 résultats, qui me sont présentés en vrac, avec comme seul “classement” une date d’édition croissant. La liste commence donc par le plus ancien. Je descends avec l’ascenseur et j’arrive aux plus récents. J’en choisis un qui me parait intéressant:
Le Tourisme, 1990 réédité en 2009.
J’obtiens la notice bibliographique -enfin, je ne le sais pas, mais en cliquant j’arrive sur une notice bibliographique!!!
Ce qui m’intéresse, c’est comment le trouver. Je lis:
Cote: Libre Accès Disponible 658.83 Vainopoulos
“Libre Accès”? Je vais à la banque d’accueil, et je demande à quelle salle cette définition correspond. On m’apprend que c’est la grande salle, aussi dite “salle de travail”. Ah… Et pourquoi ne pas avoir mis “salle de travail” plutôt que “Libre Accès”? Parce que “Libre Accès” signifie que vous pouvez l’emprunter. Bon, merci. Et le lecteur lambda n’insiste pas, et va chercher son livre. Qu’il trouvera peut-être.
Mais le “bibliothécaire” que je suis se dit que peut-être quelque chose ne va pas.
Si, dans une notice, j’indique en localisation, un terme qui n’indique pas clairement une localisation, mais indique un statut, puis-je réellement demander aux lecteurs de s’y retrouver? J’ai fait un recensement de ces termes dont nous abreuvons nos lecteurs et de leur significations réelles et de celles que nous leur attribuons.
- Libre accès
- signification réelle: endroit(s) où l’on peut se rendre sans contrainte
- signification à la BU: collection de monographies empruntables, située dans la salle dite de travail
Les autres salles publiques de la BU sont des salles « usuels… » accessibles librement.
- Usuels
- signification réelle: qui sont d’un usage courant
- signification à la BU: ouvrages de références qu’il est interdit d’emprunter.
- magasins
- signification réelle: locaux pour recevoir et conserver des marchandises, des provisions
- signification à la BU: locaux où on entrepose des documents (monographies, périodiques, thèses, etc…) pour des raisons diverses. L’emprunt de ces documents est en général possible, mais il faut les demander au personnel.
- cote dewey
- signification réelle: La classification décimale de Dewey (CDD) est un système visant à classer l’ensemble du savoir humain à l’intérieur d’une bibliothèque,
- signification à la BU: idem, en gros. Mais son application pratique, par cote, reste incompréhensible à une majorité de lecteurs.
- n° d’inventaire
- signification réelle: n° unique attribué à toute “chose” acquise par la BU
- signification à la BU: en ce qui concerne les monographies, n° sans utilité pour le public en ce qui concerne le “libre accès” (voir plus haut) mais indispensable pour tous les documents des magasins, qui ne possèdent de cote Dewey.
- notice bibliographique
- signification réelle: fiche (manuscrite ou informatique) qui décrit un document dans une bibliothèque, traditionnelle ou numérique : livre, fascicule, article etc. Elle comporte un ensemble d’indications permettant de l’identifier, de le localiser ou de le décrire sommairement.
- signification à la BU: idem, surtout en ce qui concerne la localisation sommaire
- notice exemplaire
- signification réelle: fiche (manuscrite ou informatique) qui décrit l’objet physique
- signification à la BU: idem, mais en plus peut porter une mention de localisation de site, puisque notre SCD fonctionne sur 3 sites.
- recherche booléenne
- signification réelle: recherche basée sur l’utilisation d’opérateurs booléens, habituellement “AND” et “OR”, qui permet à l’utilisateur de cerner l’information retournée par une recherche compréhensible. Par exemple, une recherche sur cajou AND aliment ne retournera que l’information concernant à la fois ”cajou” et ”aliment”.
C’est l’explication la moins obscure que j’ai pu trouver. Allez expliquer cela clairement à un lecteur. - signification à la BU: la même, ce qui bien sûr la rend totalement incompréhensible au lecteur lambda, et de plus à peu près inutilisable avec notre catalogue.
- signification réelle: recherche basée sur l’utilisation d’opérateurs booléens, habituellement “AND” et “OR”, qui permet à l’utilisateur de cerner l’information retournée par une recherche compréhensible. Par exemple, une recherche sur cajou AND aliment ne retournera que l’information concernant à la fois ”cajou” et ”aliment”.
Il faudrait y ajouter des termes comme PEB, prêt navette, prêt restreint, etc… Et nous nous plaignons que les lecteurs ne comprennent rien, ne font pas d’effort, ne rangent pas correctement les documents!
Sans doute est-il nécessaire de vouloir transformer nos BU pour en faire des lieux accueillants, conviviaux, mais sans doute aussi serait-il nécessaire, voire indispensable, de faciliter la compréhension de nos lecteurs par l’emploi d’un vocabulaire simple, au lieu de n’employer qu’un vocabulaire professionnel, dont nous sommes les seuls à connaître les arcanes. Et d’employer un vocabulaire qui signifie ce qu’il doit signifier.
Que je retrouve mon quotidien dans votre article… Imaginez une bibliothèque où 95% des fonds sont en magasin, et où les dénominations au catalogue sont d’une limpidité rare. Ou comment expliquer à n+1 lecteurs que “fonds moderne”, que l’on trouve sous l’étiquette “localisation” n’a strictement aucune signification topographique (même pas en magasin, d’ailleurs), mais désigne un ouvrage postérieur à 1800…
D’ailleurs en non-bibliothécais auprès des usagers, je dis plus volontiers “ce document est rangé dans les réserves/dans la réserve précieuse” que “en magasin/à la Réserve”, est-ce aussi votre cas ?
Par clairh le 25 mars 2010
à 13:31
@ clairh
bien sûr que c’est notre cas. Il nous faut bien expliquer au lecteur qu’un livre en “magasin” est en fait dans les réserves. Et que ces réserves ne lui sont pas ouvertes, pour des raisons…pour des raisons. Mais cela on ne lui dit pas!!!
Alain
Par Alain le 25 mars 2010
à 14:07
pour aller plus loin
ça fait sourire, et puis ça fait réfléchir…
Par gaël le 25 mars 2010
à 13:55
@ Gaël
je préfèrerais que cela fasse surtout réfléchir, mais qu’ensuite cette réflexion amène des solutions…
Par Alain le 25 mars 2010
à 14:08
Et à en juger ce que m’ont dit les étudiants que j’ai eu en cours cet après-midi, il y a du boulot, mais beaucoup de boulot…
Par gaël le 25 mars 2010
à 17:37
Sûr qu’il y en a !
La solution, ça s’appelle langage commun.
Ou alors dictionnaire de traduction Bibliothécaire – Français courant, pour le bibliothécaire jargonneux.
Moins de bibliothécaires que d’usagers, on comprend très bien qui doit s’adapter et mettre ses mots à l’heure
.
Bon courage pour cette réforme.
B. Majour
Par B. Majour le 25 mars 2010
à 20:25
Il existe, ce dictionnaire (et ça détend) : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2007-03-0078-015
Par Reup le 26 mars 2010
à 08:16
Un bon test également pour savoir si la BU est compréhensible: accueillir régulièrement de nouveaux agents. Si le fonctionnement reste obscur, les collègues chargés de les accueillir en auront vite assez de ré-expliquer longuement la même chose (comme par exemple, pourquoi on peut trouver à différents endroits un livre portant la même cote, sans que cela ne soit identifiable via le catalogue) et essaieront (peut-être) de trouver des alternatives moins hermétiques.
Après, on se plaint tellement que les lecteurs ne viennent jamais poser de questions au bureau de renseignements désertés, qu’ils soient en ligne ou pas (http://bibliothequepublic.blogspot.com/2010/03/le-bureau-de-renseignement-en-ligne.html)… ça peut être un bon moyen qu’on vienne nous parler pendant les permanences de service public, non
Par Macha le 29 mars 2010
à 13:22
[...] De la signification des mots… March 20108 comments 5 [...]
Par 2010 in review « Ma(g) BU le 2 janvier 2011
à 09:23