Publié par : kantreadenn | 7 décembre 2009

Polyvalence


Tout d’abord, qu’entends-je par polyvalence?
La polyvalence, c’est la capacité que peut développer chaque personne à être apte à assumer des tâches qui ne sont pas les siennes.
J’avais débuté cet article en étudiant une situation où certaine catégorie ne voulait pas assumer une polyvalence qui lui paraissait minorante.
A la réflexion, j’ai pensé que ce billet risquait d’être perçu comme une récrimination plus que comme sujet d’étude. Aussi ai-je changé mon fusil d’épaule et ai décidé d’aborder ce sujet -la polyvalence, je le rappelle- avec un exemple qui me paraît bien plus caractéristique, et qui, de plus, ne met pas en scène une seule catégorie, mais deux.
Il y a quelque temps, nous a été proposé au sein de la BU une formation intitulée: « l’accueil en BU ». Cette formation était ouverte à tout un chacun. La plupart des BAS y ont assisté et quelques magasiniers également. L’accueil -tel qu’il est défini dans notre BU- n’est pas de notre ressort, mais comme cette formation comportait des chapitres évoquant les relations entre lecteurs et personnel des bibliothèques, il a été convenu que nous pourrions la suivre dans son intégralité.
Suite à certains modules, et à la demande de quelques personnes, la formatrice a mis en place une session consacrée aux visites de la BU (1), Comment les préparer, de quoi doit-on parler, quel public touche-t-on, etc…Elle s’est servie comme base de travail de documents préexistants à la BU. Nous les avons étudié, une réflexion s’est engagée, les discussions sont allées bon train, les personnes n’étant pas toutes d’accord sur les critères. Puis, la formatrice a proposé des mises en situation, ce qui a été accepté.
Bien sûr, tout le monde ne s’est pas mis en situation, essentiellement parmi les magasiniers présents -sans doute par timidité et/ou manque d’habitude. Deux magasiniers ont relevé le «défi», et l’ensemble des BAS l’a fait aussi. A la fin des prestations, la formatrice a fait un bilan, relevant les erreurs, les difficultés, les points positifs, etc… Et puis elle a mis le feu aux poudres en considérant que la «prestation » des deux magasiniers lui faisait penser que l’on pourrait sans aucun doute leur confier des visites, car ils avaient révélé des capacités indéniables pour ce type d’activité.
Vous surprendrai-je si je vous dis que nous avons assisté à une véritable levée de boucliers? Et non seulement de la part des BAS, mais également des magasiniers -à part les deux concernés bien évidemment! Cette protestation a quelque peu dégénéré, il faut le regretter, et a perduré bien au-delà de la formation.
Certaines BAS sont allées jusqu’à protester officiellement, arguant du fait qu’elles étaient menacées dans leurs fonctions, que ces visites étaient un moment essentiel de la rentrée à la BU, et qu’on ne pouvait pas confier ce travail à des personnes qui n’étaient pas formées pour cela et dont le statut ne prévoyait pas ce type de tâches.
Certains magasiniers ont protesté de leur désir de ne pas se voir attribuer des tâches qui ne relevaient pas de leur statut, arguant du fait que s’ils acceptaient cette tâche, que n’allait-on pas leur proposer, voire leur imposer ensuite.
La morale de cette histoire, c’est que cette idée a été enterrée toute vivante, que les BAS ont continué leurs visites de rentrée et que les magasiniers n’en font toujours pas, et que les deux magasiniers concerné ont remballé leurs envies de polyvalence.
Cet exemple est tout à fait caractéristique des comportements dans notre BU -et dans d’autres? A vous de me le dire. Il démontre que la polyvalence des personnes, à partir du moment où cette polyvalence dépasse le clivage des catégories, n’est pas une idée acceptable pour nombre de personnes, toutes catégories confondues. Cela posait un problème il y a déjà quelques années, en maintenant des personnes dans un moule dont elles auraient éventuellement voulu sortir. Mais cela est pire aujourd’hui, alors que comme je l’ai déjà dit, certains « nouveaux » magasiniers arrivent dans le s BU avec un niveau supérieur et avec des ambitions plus importantes. Comment concevoir que l’on puisse refuser à un magasinier qui le souhaite, de s’initier au catalogage, de s’installer au bureau accueil, alors même que ce magasinier se prépare au concours de BAS? La polyvalence n’est pas -et mon humble avis, ne doit pas être- une simple question de diplômes ou de réussite à un concours.
Actuellement, dans notre BU s’est imposée à la banque d’accueil, la présence de « moniteurs étudiants ». Ils ont été recrutés après entretien, et il leur était demandé d’être inscrits en master. Comment comprendre qu’on puisse confier la tâche d’accueil et de renseignements à une personne avec comme critère essentiel un niveau d’études, et ne pas le faire pour une personne dont le critère serait une ancienneté de plusieurs années de pratique des bibliothèques?
La polyvalence des personnels est une question essentielle à laquelle les responsables de bibliothèque se devront de répondre assez vite, au risque de se voir confrontés soit à une protestation de certaines catégories de personnel, soit à un repli sur soi de ces catégories. Celui-ci existe déjà, malheureusement, certaines personnes échaudées par des refus répétés ne désirant plus s’impliquer dans des formations dont elles ne comprennent pas l’intérêt, du fait de l’inertie des postes.

(1) ces visites comportent une présentation de la BU, une visite proprement dite, et une explication du fonctionnement du catalogue informatisé.

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Responses

  1. Bonjour,
    la réaction de vos collègues BAS me paraît stupéfiante, surtout mise en parallèle avec le principe des « moniteurs étudiants ». Je comprends mieux l’ambiance plombée qui règne dans certaines BU ! De ce point de vus, la taille des structures joue peut-être un rôle, comme le disait un commentaire dans une autre billet. En archives (petit service), c’est plutôt l’inverse : malgré les encouragements, les magasiniers (qui par ailleurs assument cette tâche à mi-temps, et font du classement le reste du temps) ne souhaitent pas s’impliquer par exemple dans les visites organisées pour les Journées du Patrimoine. C’est dommage, et curieux comme différence ; il est vrai qu’ils n’ont pas non plus les mêmes ambitions.

  2. Bonjour,

    J’ai découvert votre blog il y a quelques jours et je prend grand plaisir à lire les anciens posts.
    Ce constat, malheureusement existe aussi ailleurs puisque chez nous les mags n’ont « pas à réfléchir »

    Tout simplement aberrant… d’autant que certains d’entre eux sont plein de bonne volonté et ont d’autres ambitions que faire du prêt-équiper-attendre la fin de leur journée…. et que ces freins les démotivent malheureusement !

    en tout cas, ce n’est peut-être pas mon rôle d’informaticien de bibliothèque, mais je vais dès demain conseiller votre blog à ces personnes de bonne volonté (à moins qu’elles ne le connaissent déjà)

    Cordialement
    Elyes

    • Bonjour, et merci de votre commentaire.
      j’espère que les personnes dont vous parlez le liront et le commenteront
      Cordialement
      Alain


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