Publié par : kantreadenn | 16 décembre 2009

ô temps, suspends ton vol…


Je viens de lire un article écrit par Olivier Tacheau, du Service commun de la documentation de l’université d’Angers, que vous pouvez lire dans son intégralité ici. A lire certains passages, comme celui ci-dessous, je me demande s’il n’a pas visité notre BU(?) 😉

Combien de bibliothèques proposent toujours des salles de périodiques pléthoriques ou des espaces de référence inutilisés ? Des halls d’exposition sans expositions ? Des guichets multiples aux horaires différenciés ? Des équipements obsolètes pour les langues ou l’audiovisuel ? Des postes internet bridés et sans bureautique ? Des banques de prêt surdimensionnées datant d’avant le libre accès ? Des espaces réputés conviviaux sans aucune facilité pour discuter, téléphoner, boire, manger ou se reposer ? Des règlements intérieurs proches de la règle de saint Benoît ? On demeure d’ailleurs frappé de l’absence d’évolution et du relatif abandon de certains projets phares des années 90 (signalétique sauvage, mobilier dépareillé, absence de redéfinition des espaces et de modernisation des services…), qui donne aujourd’hui le sentiment que le temps s’y est arrêté.

Nos salles de périodiques?

  • le « hall d’entrée », définition « erronée- puisqu’il s’agit aussi- surtout- d’une salle de travail
  • une salle « périodiques droit-sciences éco » fréquentée beaucoup plus pour son calme -imposé par les étudiants eux-mêmes- que pour ses collections.
  • une salle « périodiques histoire »…
  • une salle « périodiques généraux »

Nos équipements pour les langues ou l’audiovisuel?
Inexistants, nous venons récemment de supprimer notre catalogue « vidéo » qui datait du siècle dernier, et il n’est pas question pour l’instant, à ma connaissance, d’investir dans un fond quelconque de CD, DVD, ou tout autre support.

Nos postes internet?
Un certain nombre d’entre eux ne sont pas bridés pour internet -et pourtant on reproche assez aux étudiants de s’en servir surtout pour surfer vers leur messagerie, Facebook ou tout autre outil de « loisirs »- mais par contre ne disposent pas des outils de bureautique souhaités par les étudiants.

Notre banque de prêt?
Mal située, immense, pas désagréable ceci dit, surdimensionnée, bien sûr, bien qu’elle date d’une époque où le libre accès était déjà apparu. Mais c’est qu’en fait elle a remplacé une banque obsolète, usée et datant elle de cette époque pré libre accès, et qu’elle a été pensée avec les mêmes critères.

Des espaces conviviaux?
Aucun, bien au contraire!!! Rien n’est destiné à être convivial dans cette bibliothèque! Cette bibliothèque est un lieu d’études, où l’on se doit d’étudier. Celles et ceux qui viennent à la BU pour converser, lire le journal, discuter entre copains, et à fortiori pour recevoir ou donner des coups de fil ne sont pas les bienvenus.

Pourtant, certains considèrent que nous faisons tout pour offrir aux étudiants tout ce dont ils ont besoin… Question: qui a demandé un jour aux étudiants ce dont ils pensaient avoir besoin?

Il nous est demandé d’établir des statistiques de fréquentations, des statistiques qui établissent combien il y avait de personnes à telle heure dans la BU (?), mais qui s’intéresse aux statistiques qui établiraient le nombre d’interrogations de nos produits? Nos ressources électroniques, combien de fois sont-elles utilisées? Si ces statistiques sont établies, s’en sert-on? Et pourquoi faire quoi, puisque rien ne change. (Gaël, pas d’obligation de réserve, ici!!!)

Ce que nous proposons n’est nullement issu d’une demande étudiante, d’un désir exprimé, mais de l’idée que nous nous faisons de ce qu’un étudiant peut et doit trouver dans une BU. Nous avons certainement raison sur certains points, mais sur d’autres? Qui se pose la question?

Un exemple? La presse. C’est un problème récurrent à la BU, et régulièrement quelqu’un demande à ce que notre offre soit modifiée, et surtout améliorée. Sans aucun résultat jusqu’ici. Parce que -parait-il…- ce que nous offrons correspond aux besoins. Que proposons-nous en terme de presse française, à la BU où je travaille:

Quotidiens:
régionaux: Dauphiné Libéré
nationaux: le Monde, les Échos

Hebdos:
Régionaux: La Savoie, Vie nouvelle
France: Courrier international, le Figaro entreprises

La presse française nationale -le Monde, donc(!)- est lue régulièrement, les Échos ayant un public restreint -et pour cause!
La presse régionale quotidienne s’arrache. Surtout le lundi, vraisemblablement en raison de la parution du supplément sport.

Nous savons, parce que nous sommes en première ligne, que les étudiants réclament deux choses:

  • plus d’abonnements à la PQR
  • des abonnements à la presse nationale française. On nous cite certains titres: Libération (1), le Canard Enchainé, l’Equipe (1), mais d’autres ne sont pas à exclure.

Nous allons peut-être avoir Libé. Mais nous n’aurons pas l’Equipe! L’un des arguments opposés à l’abonnement à l’Equipe est que ce quotidien n’a aucune « caution » intellectuelle et n’apporte pas d’actualité dite « intéressante » aux étudiants. Quant on voit la « qualité  » de la PQR proposée, on peut se demander si cet abonnement est réellement justifié. Qu’est-ce qui importe? L’intérêt que nous portons à tel ou tel type de documents, ou bien l’intérêt que le lecteur y porte? La qualité dont nous créditons un document ou un outil, ou celle dont le crédite notre lectorat?

On « sait » que lire le Monde est une attitude intellectuelle (!) alors que lire la PQR est une attitude consumériste. Mais la PQR, à la BU, est plus lue, le lundi surtout, -mais les autres jours aussi- que le Monde. Pourquoi? Parce qu’on y trouve un cahier sports. Pourrait-on en déduire que nos lecteurs s’intéressent au sport et qu’il leur plairait de pouvoir lire un quotidien comme l’Equipe ou tout autre quotidien sportif, s’il en existe d’autres? Le sport dans la PQR, oui, dans un quotidien sportif, non?
Lire l’Equipe n’est pas une activité digne d’un étudiant, et pour leur éviter la tentation, ne leur proposons pas.

-Mais alors, pourquoi leur proposer Harry Potter?
-Parce que nous l’avons acheté en édition anglaise.
-Ah, oui bien sûr.

Il y a bien longtemps -heureusement- que les « bibliothécaires » ne sont plus les gardien(ne)s du temple du savoir. Mais il est regrettable que certains d’entre eux (elles) n’aient pas encore compris ou accepté que ce qui compte dans le catalogue de la BU, ce n’est pas seulement ce qu’ils (elles) aiment, ou seulement ce qu’ils (elles) jugent utiles, mais ce que nos lecteurs aiment, et ce qui leur est utile. Imaginez une bibliothèque municipale qui ne proposerait pas de SF parce que les bibliothécaires n’aiment pas ce genre…

Ou bien, il nous reste la solution qui consiste à n’offrir dans notre catalogue que des titres « utiles » aux études. Mais dans ce cas, combien de titres périodiques va-t-on supprimer? Je pense à ces périodiques sur le cinéma en espagnol, jamais empruntés, et rarement consultés.

Mais tout cela est la conséquence d’une politique particulière et élitiste qui décide que la BU est un lieu d’études, et uniquement d’études, d’une part, et que , d’autre part, le lieu nous appartient, à nous bibliothécaires, et que nous acceptons les étudiants à la condition qu’ils respectent stricto sensu les règles que nous y avons édicté, et qu’en aucun cas ils ne peuvent penser que la BU peut-être un endroit de convivialité entre les cours ou les examens.

Je n’ose imaginer les réactions d’une majorité de mes collègues s’il nous arrivait ceci

Vidéo collectée sur le blog de Thomas. Merci à lui.

(1) En ce qui concerne ces deux titres, il es est intéressant de signaler que les deux autres BU sont abonnées…?

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Responses

  1. Je peux ajouter « Twilight » (en anglais bien entendu) à Harry Potter?

  2. Une petite idée juste en passant. À Montréal, la bibliothèque de Polytechnique compte une modeste mais plaisante collection sans aucun rapport avec la matière enseignée. Cette collection a son lieu « réservé », soit un coin détente, et sert justement aux étudiants qui voudraient se reposer l’esprit un peu durant une période d’étude intensive. Ce sont les suggestions de chacun, employés et clientèle, qui alimentent les acquisitions. On choisit des documents qui se feuillettent bien, des albums de voyage, de photo. J’avais trouvé cette idée particulièrement sympathique et d’après ce qu’on nous en avait dit, c’est le genre de petite attention qui est très appréciée de la clientèle! Suivant cette logique, pourquoi pas un abonnement à L’Équipe, en effet?

    • Pourquoi pas effectivement? Il suffit de penser la BU autrement? Mais est-ce possible?
      merci de votre commentaire.
      et joyeuses fêtes

  3. C’est une bonne idée ce coin détente !
    Mais l’idée peut-elle creuser son trou en France ? Ne risque-t’elle pas de se voir rétorquer que les BM sont là pour ça, ou que les budgets ne le permettent pas.

  4. J’ai repensé à votre article en (re) lisant
    « La mauvaise bibliothèque » extrait de De Bibliotheca de Umberto Eco. 🙂

    http://netx.u-paris10.fr/eadmediadix/formation/Bibliotheconomie/accueil/2B5pop1.html

    • Ah!!! superbe, cela me plait beaucoup. Il y a plein de gens qui devraient lire ce texte.
      Merci
      Alain


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