Publié par : kantreadenn | 27 janvier 2010

J’ai peur de (ne pas) comprendre….


Depuis que j’ai ouvert ce blog, j’ai une lecture très attentive d’un certain nombre d’autres blogs professionnels. Je ne les lis pas tous, mais j’ai fait une sélection de ceux qui me paraissaient le plus (im)pertinent [(c) Tacheau] par rapport aux différents sujets qui m’intéressent.
Dans un article intitulé « Bibliothécaires, quezaco », j’avais essayé d’expliquer la vision du « bibliothécaire » en fonction de celui qui le (la) regarde. Dans un autre article « Il n’y a pas de magasinier au n°… », je m’étais interrogé sur l’absence de blogs écrits par des magasiniers de BU. Depuis que j’ai ouvert « Ma(g)BU, vous avez été nombreux à vous en réjouir -et je vous en remercie. Mais…
Mais…pour en revenir au titre de cet article, « j’ai peur de (ne pas) comprendre… » la vision que vous semblez avoir, vous les « bibliothécaires » [bibliothécaires, conservateurs, BAS] des magasiniers. A vous lire, j’ai l’impression que dans le monde de la biblio-réflexion, nous n’existons pas. Dans notre bibliothèque, c’est un fait: les magasiniers ne sont là que pour réaliser des tâches « manuelles », on les convie de temps à autre à effectuer des missions autres, mais de manière ponctuelle, et parce que le service nécessite cela à un moment donné. Alors, les autres BU? C’est pareil?

En relisant avec une très grande attention -je l’ai même imprimé pour ce faire- un billet paru dans « le nombril de Belle Beille », j’ai éprouvé comme une sorte de malaise. En effet, jusqu’ici j’avais été confronté -de manière assez répétitive depuis que je suis en BU- à une séparation entre les tâches intellectuelles -les vôtres- et les tâches manuelles -les miennes, les nôtres. Et voici que je me trouvais confronté à une grande révolution: l’arrivée dans nos BU d’une nouvelle génération de magasiniers. En effet, je cite:

…les profils universitaires des personnels recrutés sont à la hausse. Licence et master sont de plus en répandues (sic) chez les magasiniers et le départ à la retraite de la dernière vague des baby-boomers [moi, par exemple] va encore concentrer ces profils.

Je cite encore:

Doit-on faire comme si de rien n’était et maintenir les profils existants?

Et là, par contre, je dois avouer que j’ai peur de comprendre…La majorité des baby-boomers (ce qu’il en reste) doit-elle se comprendre d’un niveau largement inférieur à la nouvelle vague, diplômée voire sur-diplômée? Les bibliothèques vont-elles voir leur activité, leurs relations avec le lectorat, leur développement, leur niveau intellectuel, améliorés grâce à l’arrivée de ces « faux » magasiniers? Le monde du biblioblog va-t-il s’en voir totalement révolutionné également? Ces gens-là -eux- vont être capables de créer et d’alimenter des blogs? Parce qu’ils auront été habitués -ils ont fait des études- à réfléchir. Il est vrai que nous, les « anciens », n’avons pour nous que notre expérience -plusieurs dizaines d’années parfois- celle que nous a donné le fait d’être, depuis si longtemps, je cite:

le premier maillon de la BU, et parfois le seul recours des usagers.

D’autant, comme le souligne Olivier Tacheau:

(qu’)il n’est ni tenable ni acceptable de maintenir les magasiniers dans des tâches subalternes traditionnelles.

Pourquoi? Parce qu’arrive une nouvelle génération de magasiniers? Parce que les nouveaux magasiniers n’ont plus l’intention de rester magasinier, alors que leurs prédécesseurs le faisaient?

Mais alors, qui va équiper? Qui va tenir la banque de prêt? Qui va ranger les livres? Toutes ces tâches subalternes que

les catégories A et B, qui font de la banque de prêt à la petite semaine, trouvent dépaysant voire enrichissant.

Il semblerait, quoi qu’on puisse en dire -ou écrire- que dans de nombreuses bibliothèques, le sort que nous connaissons ici -toutes catégories de magasiniers confondues d’ailleurs- ne soit guère meilleur. Il suffirait donc -semble-t-il- d’avoir fait des études supérieures pour que tout change. Parce qu’avoir fait des études force le respect? Parce que le fait d’avoir commencé à travailler à un âge où les jeunes sont au lycée fait qu’on a pas la capacité à réfléchir, à comprendre, à avoir des idées?
Les magasiniers de la « vieille vague » savent penser, réfléchir, peuvent avoir des idées -parfois même pertinentes, si, si!!!- il suffirait juste de temps en temps de leur poser des questions, de leur demander leur avis, de leur donner un peu plus souvent l’impression qu’ils sont réellement partie prenante de la vie de la bibliothèque où ils travaillent. Et ne pas les laisser penser que la génération montante est meilleure, qu’elle bénéficiera de possibilités plus intéressantes, en raison des diplômes. Cela ne fera qu’accentuer le fossé qui se dresse déjà entre responsables de bibliothèques et le « petit » personnel.
J’arrête là, vous allez finir par penser que je suis aigri…Ce qui n’est pas le cas, je vous assure. Mais de temps en temps un petit coup de gueule ne peut faire de mal à personne! Et puis en ce moment je suis confronté -avec ma casquette de magasinier et d’autres- à des soucis avec ma hiérarchie. Mais de cela, je vous parlerai dans un autre billet.
PS: si vous en avez envie, faites lire ce billet à des magasiniers éventuellement intéressé(e)s de votre bibliothèque -ancienne et/ou nouvelle vague- et demandez leur le cas échéant de le commenter. J’aimerais tant me tromper!!!
PS2: j’ai occupé mon premier poste de magasinier en 1976, dan la lecture publique [BCP]. Ce n’est pas hier et pourtant, l’attitude d’une partie de mes collègues B -celles avec qui je travaillais au jour le jour en particulier- et de la directrice était beaucoup plus ouverte vis à vis des magasiniers que certaines personnes aujourd’hui.

Toutes les citations proviennent de :


Responses

  1. Les tâches traditionnelles des magasiniers seront de plus en plus effectuées par des étudiants, les livres seront mis en magasin et classés par numéro d’inventaire (comme cela se fait dans les pays nordiques), les espaces deviendront des salles de travail en groupe, le prêt et le retour automatisé seront systématisés, le personnel sera fortement réduit, les collections numériques centralisées au niveau national, le catalogage et l’équipement externalisés… Restera quelques bibliothécaires avec des fonctions axées sur la formation, la rédaction de contenu et le signalement des ressources. Et ce n’est pas de la SF : cela existe déjà en Finlande, Danemark…

    Après, se triturer les méninges entre fonctions manuelles et intellos (les opposer est réducteur, même ranger demande un minimum de connaissances…) est pour moi loin derrière ce qui va nous tomber dessus…

    Ce qui m’effare plutôt est le manque de réactivité par rapport aux changements (énormes) apportés par le web : on trouve maintenant presque tout en ligne ! Avec l’explosition en cours des livres électroniques c’est un raz de marée qui s’annonce…
    Et dire que l’on continue à construire des BU déjà obsolètes…

    Léo

  2. Bonjour et merci de votre commentaire.
    votre 1er paragraphe me semble tout de même être de la SF!!! Même si cela existe en Scandinavie, je pense que les mentalités ne sont pas les mêmes et que la force d’inertie propre aux Français…
    il ne s’agit de se triturer les méninges entre fonctions, mais d’essayer de faire en sorte qu’elles ne dressent une barrière entre les gens, ce qui me parait fondamentalement différent.
    Cordialement

  3. si si je vous assure dans 10 ans ce sera ça ! On peut parier ;-))

    La barrière entre mags, bas, bib, cons existe terriblement… le problème est la reconnaissance du travail effectué, la gestion d’équipe (fondamentale) et la collaboration (d’accord à 200 % pour prendre en compte les avis des gens, avoir des décisions de groupe..) : un maître mot : participation !

    Léo

  4. allez on parie!!! je ne le verrai pas (retraite des babyboomers oblige…)
    gestion d’équipe? Vous avez dit gestion…quezaco?
    Alain

    • la retraite, quelle chance, je n’y suis pas encore ;-))

      gestion d’équipe : un gros mot ? ;-))

      Léo

      • « Gestion d’équipe: un gros mot? même pas, plutôt un mot inconnu!!! »

  5. suite à une remarque d’un lecteur particulièrement attentif, j’ai modifié l’emplacement des parenthèses dans le titre
    😉 Lully
    et merci pour le lien sur aka reup, je me sens moins seul!!!

  6. […] This post was mentioned on Twitter by Silvae, Tredok. Tredok said: "J'ai peur de ne pas comprendre…" http://bit.ly/dBjBSr Réfléxion (rare) d'un magasinier. […]

  7. Merci pour ce « coup de gueule »‘ bien inspiré !
    oui le problème c’est que depuis XXX années on n’a jamais repensé la répartition des tâches (en BM un peu particulièrement dans les petites et moyennes où la polyvalence est de règle) en BU vraiment très très peu à ma connaissance, en se focalisant sur les lignes du statut des MAG , et bien sûr des autres .

    Mais bien sûr cela va exploser à la fois avec les changements internes (moins de tâches manuelles, plus de « self service » ) plus de renseignement, de WEB,..et al. et aussi parce que (je prends les paris) les recrutements vont changer , en quantité et en statuts (exemple : moins de cons, plus de BIB, ) Cela impliquera des changements, de toutes façons .

    nath


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