Publié par : kantreadenn | 11 février 2010

Changer la bibliothèque?…


Les bibliothèques universitaires subissent une crise, celle-ci se traduisant par, d’une part une baisse de fréquentation « physique », d’autre part une modification des attitudes de notre lectorat. Changement entamé depuis quelques années et devenant de plus en plus important.

Quelques chiffres pour commencer:

  • pour les 3 sites
    année (civile) 2003:

    486 312 entrées

    121 369 emprunts

    année (civile) 2009:

    335 183 entrées

    74 875 emprunts
  • pour notre site:
    année (civile) 2003:

    276 206

    72 503 emprunts

    année (civile) 2009:

    192 002

    43 139 emprunts

Même en tenant compte de la baisse des effectifs, on se rend compte que les étudiants ne fréquentent plus la bibliothèque autant qu’avant, et qu’ils n’empruntent plus non plus comme avant. Et pourtant, la bibliothèque ne change pas, ou si peu…

Le règlement est quasiment le même depuis mon arrivée (1996), nous avons ajouté quelques points, en particulier relatifs à l’utilisation du téléphone portable. L’aspect physique de la BU est celui d’une bibliothèque du siècle dernier, l’idée étant que l’on rentre dans une bibliothèque comme on rentre dans un lieu de culte:
silence, recueillement, respect…
Le catalogue…je ne m’étendrais pas sur ce sujet, voyez le blog de Gaël et son dernier article.

Un des problèmes récurrents est que nous continuons de recevoir les étudiants dans un lieu que nous considérons comme le notre. Et ils doivent respecter notre bibliothèque, nos livres, le silence dont nous avons besoin, celui dont nous pensons qu’il leur indispensable, etc…Et comme l’idée que nous avons de la BU est celle d’un lieu quasi sacré, il n’est pas bien sûr question d’y téléphoner, d’y boire, d’y manger. La simple idée qu’ils puissent venir juste -comme aujourd’hui où il fait froid et où il neige- pour se mettre à l’abri nous horrifie. Nous créons des relations conflictuelles avec eux parce que nous leur refusons l’utilisation du téléphone portable, alors qu’il est un de leurs outils indispensables pour leur vie personnelle.

Comme cela a déjà été dit ici et ailleurs, la bibliothèque se doit de devenir autre. Tout en gardant sa fonction, elle doit s’ouvrir et répondre à des attentes qui ne sont pas les nôtres, mais celles de notre lectorat.
Un étudiant fréquentant la bibliothèque doit, pendant son séjour, passer au minimum 3 ou 4 fois le portique de détection: pour aller aux toilettes, fumer une cigarette, aller se chercher une boisson chaude qu’il devra boire avant de rentrer, parce qu’on ne boit pas dans une BU (1). Quand il entre, il pénètre dans une salle que nous-mêmes appelons « hall » mais dans laquelle se trouvent les ordinateurs publics, les OPAC, les journaux, un certain nombre de périodiques, et des tables pour travailler. On y trouve même, depuis quelque temps, 6 chauffeuses à proximité des journaux. Cette salle dans laquelle nous persistons à essayer d’obtenir un silence que nous n’obtenons plus, les étudiants la voient également comme un « hall » d’entrée, dans lequel ils ont tendance à se conduire comme s’ils étaient dehors. Les autres salles sont des salles classiques mais contrairement à ce qui se passait il y 10 ans, nous n’arrivons plus à y faire régner un silence de cathédrale.

De tout cela, quelles conclusions tirer?
Les jeunes n’ont plus de respect pour rien?
Les jeunes ne lisent plus?
Pourquoi viennent-ils si ce n’est pas pas pour étudier?

Non, bien sûr…plutôt:
Les étudiants veulent un endroit convivial où ils pourraient travailler, discuter, boire un café, se reposer, etc…
Et la BU n’est pas cet endroit. Mais comme ils n’en ont pas d’autre, ils essaient de le transformer. Et nous luttons, désespérément! La bataille est perdue d’avance, d’une manière ou d’une autre. Si nous voulons continuer d’exister -i. e. être utile aux étudiants- il faut changer notre idée de la BU et changer son aspect.

On peut penser qu’il n’est pas raisonnable de mélanger sur la même table café et livres, soda et clavier, mais pourquoi ne pas dédier une salle -le « hall » par exemple- à cette convivialité si nécessaire? Nous y avons déjà installé des fauteuils, ce qui fausse encore plus l’idée qu’il puisse être une salle de travail. Allons jusqu’au bout de la démarche. Supprimons les tables, transportons ailleurs les livres, laissons les journaux et les périodiques, mettons quelques fauteuils de plus, d’autres ordinateurs, et pourquoi pas un distributeur de boissons. Mettons la banque de prêt dans la salle où se trouvent les ouvrages empruntables, ne laissons qu’un bureau d’accueil et laissons les étudiants dans ce qui sera vraiment un hall.
Cela nous permettra sans doute de mieux les accueillir -en répondant à leurs attentes- peut-être cela les fera-t-il plus venir à la BU, et cela nous permettra également d’être plus rigoureux sur les règles de vie dans les salles de travail.
Pourquoi téléphoner dans une salle de travail quand on dispose d’une pièce où l’on peut le faire en prenant un café?
Pourquoi discuter, rigoler dans une salle de travail -au risque de se faire eng..- alors qu’on peut le faire tranquillement dans une salle faite pour cela?

Une question? Oui…Une BU n’est pas faite pour cela?…Où ne sommes-nous plutôt plus faits pour les BU d’aujourd’hui, c’est-à-dire telles que les espèrent, les veulent les étudiants?
Une réflexion est essentielle. Mais pour qu’elle puisse être menée à bien, elle doit être précédée d’une prise de conscience: la BU n’est pas faite pour nous, n’est pas à nous. Elle est aux étudiants, elle est faite pour eux -devrait être faite pour eux. Mais peut-être faudrait-il avoir leur avis? Sinon, nous allons continuer à prendre de la vitesse sur la pente descendante que nous avons entamée et nous allons droit dans le mur.

Au risque de choquer, on pourrait -certains l’ont fait- aller plus loin dans la transformation:
La Cushing Academy, une école pour l’élite du Massachusetts a annoncé en septembre 2009, qu’elle remplaçait les livres de sa bibliothèque par des ordinateurs, devenant certainement la première bibliothèque sans livre, raconte Nicolas Carr (blog).
(source)

(1) ce qui relativise sérieusement le décompte et les statistiques de fréquentation…

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Responses

  1. A retardement ce commentaire, mais il n’est jamais trop tard etc.

    Imaginez une BU qui a un « vrai hall », avec distributeurs de boissons (chaudes et fraîches) et de diverses choses à grignoter. Ils sont situés en amont des détecteurs anti-vols, donc dans l’emprise de la BU comme bâtiment, mais pas vraiment dans « sa juridiction » .
    On pourrait croire (espérer ?) que cela rend les choses faciles et encourage l’étudiant de base à bien faire la distinction entre espaces de travail, de préférence calmes à défaut d’être silencieux (ne rêvons pas, nous sommes au 21ème siècle!) et espace de détente/restauration (ultra)rapide.
    Hélas, règlement ou pas, rappel du dit règlement (par panneau explicite à chaque entrée d’étage) ou non, malgré cette configuration apparemment favorable des locaux, la guéguerre est quotidienne.
    Les poubelles débordent assez régulièrement d’emballages et de canettes et les tables sont parfois couvertes de miettes. Dommage collatéral, la situation provoque régulièrement une poussée (compréhensible) de mécontentement de la part de certains des personnels chargés du ménage, dont l’encadrement en arrive à nous reprocher notre laxisme…
    De fait, nous en sommes moins à essayer de faire appliquer le règlement à la lettre (on y laisserait collectivement notre santé) qu’à tenter de définir des bornes plus « réalistes », passées lesquelles, comme dit l’autre : »il n’y a plus de limites » , et une intervention s’impose.
    Objectifs (au sens militaire 😉 prioritaires, retenus collectivement : le sandwich (on n’est au-delà du grignotage, qui restera quant à lui « toléré ») et le gobelet (dont le contenu a une légère tendance à s’évader de son contenant).
    Pour l’anecdote (révélatrice ?), un lecteur s’est récemment illustré en s’installant entre les rayonnages pour confectionner son sandwich; il a mal compris qu’un membre de l’équipe lui demande courtoisement , mais fermement, d’aller se livrer ailleurs à cette activité hautement documentaire …

    On verra à l’usage si la poursuite de ces modestes objectifs est, comme la guerre,  » un art simple, et tout d’exécution. » Comme le maintien d’un minimum de calme en salles de lecture, la deuxième bataille qui se prépare …

    • Bonjour
      effectivement il n’est jamais trop tard!!
      je ne sais pas si le fait d’avoir des espaces réellement délimités avec des destinations explicites rendraient les choses plus faciles, mais en tout cas, il me semble que cela vaudrait la peine d’essayer. Nous aurions, en tant que magasiniers dont c’est un peu le travail de faire la « police des sandwiches », plus de facilité peut-être à faire sortir des salles de travail des « mangeurs » pour les envoyer dans une salle destinée plus ou moins à cet usage.
      mais il faudrait pour cela une forte et nouvelle politique d’accueil de nos usagers.
      Un détail pour appuyer cette nécessité: comment expliquer à des lecteurs qu’ils ne doivent pas manger dans la BU alors que durant la semaine d’interruption pédagogique, tout le campus -à l’exception de la BU, donc- est fermé, y compris la restauration? En plein mois de mars, alors qu’il gèle, il faut les mettre dehors pour déjeuner?
      Alain

  2. « Forte et nouvelle politique d’accueil », mézencore ? Comment l’entendez vous ?
    On est en plein dans uproblème majeur,
    celui de l’accueil et renseignement,
    de la manière de l’assurer
    et avec (ou par) qui.

    Ce qui me paraît de + en +certain, c’est qu’il faut tendre vers un type d’organisation :
    – où les trois catégories de personnel participent substantiellement à un service au public « unifié », dans des proportions variées en fonction des autres tâches « statutaires » à assum/rer
    – où l’information circule, et le besoin de formation réciproque surgit de la pratique du terrain
    – où se partage enfin l’expérience, parfois assez frustrante, parfois très gratifiante, du contact avec notre public.
    Plus facile à dire qu’à faire !

    Ce qui est certain aussi, c’est que la partie est perdue d’avance si le public ne perçoit pas la personne présente en salle comme étant à sa disposition; ne comprend pas que le renseignement et le rappel au règlement sont deux facettes d’une même mission : l’aider, autant que faire se peut, à pouvoir accomplir son travail (son métier, entend-on dire) d’étudiant.

    Faut-il aussi avoir les moyens d’assurer cette présence humaine, aussi régulière que possible, et qualifiée, dans tous les espaces, quand ceux-ci sont fortement cloisonnés : un niveau prêt/accueil général avant 3 étages de salles de lecture = 5 personnes. Plus les horaires s’étendent, plus cela devient problématique.
    Nous ne savons pas encore ce qui marchera, mais nous avons appris à nos dépens ce qu’il faut éviter : laisser un étage livré à lui-même en permanence.

    Dernier point. Je ne comprends pas comment il est possible de fermer la restauration durant la semaine « d’interruption pédagogique ». Il y a des étudiants élus au CA du CROUS, et il ne se passe rien ? Il y a de quoi être bien étonné …

    • Bonjour
      en ce qui concerne le dernier point, c’est toujours possible, nous devons de passer une semaine sans aucune restauration, un seul bâtiment doté d’une machine à café, et la quasi totalité des bâtiments fermés. Et pourtant la BU est ouverte, et il y a quand même quelques étudiants qui viennent travailler…?
      Bien sûr que le nombre de personnes est important, mais la manière d’accueillir les lecteurs (sourire, politesse, etc…) me parait encore plus primordiale ainsi que le simplification des procédures (voir l’article sur la BU de Lille 3: ah qu’elle sont jolies…). Et faire comprendre à certain(e)s de nos collègues que nous sommes là pour être à la disposition du public. Et ça ce n’est pas gagné!!!
      Cordialement
      Alain


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