Publié par : kantreadenn | 15 septembre 2010

Evoluer ou disparaître…c’est là la question?


A l’époque de ma jeunesse, je fréquentais, pour de vagues études -vraiment très vagues- l’université, et par extension, sa bibliothèque. On entrait dans la bibliothèque sur présentation d’une carte d’étudiant qu’on laissait à l’entrée. Dans chaque salle se trouvait un “appariteur” sorte d’huissier qui faisait régner la discipline -et surtout le silence. Le but de notre présence dans les salles de lecture était une évidence: travailler. Les rares trublions se faisaient éjecter rapidement, et la récidive pouvait vous mener devant la commission de discipline, bien que 1968 soit déjà passé par là!!!
Depuis, les universités et leurs bibliothèques ont évolué. Sans doute les universités plus vite -ou autrement- car lors de mon arrivée dans la BU [1996], s’il n’y avait plus d’appariteurs, le silence était toujours la règle et travailler était toujours la raison de la présence des étudiants. Puis, insidieusement, les règles ont été modifiées. Mais tous les “joueurs” ne les utilisent de la même façon. Le monde “extérieur” a mis en place de nouvelles normes de vie en société que les étudiants ont parfaitement intégré. Et qu’ils utilisent pour une forme de vie qui échappe aux autres joueurs que sont les “vrais adultes” et parmi eux les bibliothécaires. Quel que soit l’âge du ou de la bibliothécaire, il ou elle est totalement hermétique -la plupart du temps- au fonctionnement des étudiants qui forme son public. Ils sont peu polis, ils bavardent tout le temps, ils ont peu de centres d’intérêt, ils passent leur temps sur internet et en particulier sur Facebook et MSN -comme si il n’y avait pas autre chose à faire dans la vie!!!- et sinon ils sont sans arrêt en train de ne rien se dire au téléphone -et en pleine BU, en plus!!!
En dehors du fait que la plupart d’entre nous avons quasi totalement oublié comment nous nous comportions à cet âge, nous formons un monde cloisonné qui se targue d’être détenteur d’une exclusivité: nous savons manier tout un tas d’outils bibliothéconomiques qui sont censés permettre de trouver les documents que nous condescendons à mettre à la disposition des étudiants. Mais, et c’est là que le bât nous blesse, l’autre vie a décidé que les cloisonnements, les savoirs réservés, tout cela appartenait à une époque révolue. Tout doit être accessible, le meilleur comme le pire, facilement, rapidement, et pour permettre cela, il a été créé des outils ultra compliqués mais d’un maniement tellement simple que même les enfants peuvent les utiliser. Et ça marche!
Et le plus drôle, c’est que dans l’autre vie, quand nous ne sommes plus bibliothécaires -la vie de tous les jours hors du travail- nous utilisons ces outils. Nous consultons nos comptes bancaires, nous achetons, nous nous instruisons, etc… Enfin, la plupart d’entre nous. Nous ne sommes pas complètement obtus. Nous le savons qu’internet est utile. Google est rapide, simple et efficace, Facebook permet de se faire des amis, les flux RSS, c’est quand même bien pratique pour se tenir au courant de l’actu, et on peut suivre les blogs des amis, et Netvibes permet de ne pas allonger sa liste de favoris à l’extrême.
-Comme les étudiants alors?
-Ah non, pas du tout!!! Nous faisons cela sérieusement, nous.
Comment faire comprendre à tout ce petit monde que nous ne devons pas évoluer par la force des choses, parce que nous ne pouvons pas faire autrement, mais parce que cette évolution est utile, qu’elle est un service à rendre à notre public -ce qui reste tout de même notre mission première (service public)- et que c’est par cette évolution que nous ne le perdrons pas -ou moins vite.
Par la mise en ligne de notre catalogue, par la mise en ligne et la consultation à distance de plus en plus de bases de données, par la possibilité de consulter en ligne ou de télécharger de nombreux documents, les étudiants, après les enseignants, fréquentent -et vont fréquenter -de moins en moins nos BU. Alors, à moins de vouloir rester entre nous jusqu’à ce qu’on ferme les BU, il faut leur donner d’autres raisons de venir. A défaut d’être indispensable, rendons-nous utile. En faisant de la BU un endroit de rencontres, de discussions, de détente, que sais-je encore. Ce n’est pas parce que la BU est une mine de connaissances et de savoirs qu’elle doit être hermétique. Le savoir se partage, sinon il n’est d’aucun intérêt.

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Responses

  1. […] Evoluer ou disparaître ? Oui et non 20/09/2010 par Lully Billet très directement motivé par celui-ci, de Ma(g)BU […]

  2. il faut leur donner d’autres raisons de venir.

    – Speedating à la bibliothèque.
    – Salon de massage entre deux cours, le tout avec musique douce et/ou cours de révision sous format MP3.
    – Salon de thé & lecture.
    – Partages culinaires.
    – Concours de Wii, de chant, de questions pour des champions…

    ou

    – Salle de permanence entre deux cours. Salle (salon ?) agrémentée de quelques magazines, livres, zone Internet.

    S’il s’agit bien de les faire venir, pour éviter de « disparaître » en tant que lieu physique. 🙂

    Bien cordialement
    B. Majour

  3. ma réponse est là
    http://bibliotheques.wordpress.com/2010/09/20/evoluer-ou-disparaitre-oui-et-non/

  4. Pour les salons de massages, j’aurais dû préciser salons de massages détente/anti-stress comme il en existe aux Etats-Unis… dans les entreprises.

    Et même dans certaines entreprises françaises. 😉

    Ceci, non sur un ton ironique, mais simplement pour dire que le lieu (s’il est menacé de disparaître) peut chercher à se diversifier, apporter du service « physique » à la personne.
    Le dématérialiser va passer par le Net.

    Et si ce n’est avec ses propres personnels, avec d’autres intervenants.

    Un gros défaut des bibliothécaires, c’est de penser interne, uniquement ressources internes (« entre nous » disais-tu avec justesse)… et documents !

    Lorsque la bibliothèque est un lieu de vie.

    On peut trouver les idées plus haut un peu extrémistes, mais on peut les décaler vers un massage des yeux (aquariums), des plantes vertes, des espaces détentes insonorisés, etc.

    Même en BU !

    Partager le cadre de vie entre l’utile et l’agréable… et non pas le seul utile à 100 % de rendement (un rendement bien peu « humain ».)

    A mon goût, on a trop cloisonné et spartiatisé les BU.

    A quand des posters, des tableaux, des statues, des maquettes, des expositions régulières en BU, etc. ?
    Et non relégués dans une salle dédiée, hein ? En pleine salle de lecture pour que tout le monde en profite.

    A quand les changements de déco réguliers ?

    Plutôt que l’ambiance « Usine à livres » de bien trop de BU.
    Surtout pour un public jeune.

    Là, à ce niveau, la déco comment ça se passe dans ta BU, Alain ?

    Bien cordialement
    B. Majour

  5. « Là, à ce niveau, la déco comment ça se passe dans ta BU, Alain ? »
    la déco? quel déco? C’est quoi la déco?

  6. La déco ?

    La décoration intérieure, les murs lambrissés, les
    posters de grands espaces, le mobilier stylé. :-))

    Bref, ce qu’on pourrait retrouver dans un magasin, dans le coin espace détente par exemple.
    Cette touche particulière qui différencie une bibliothèque d’une autre. (A moins que ce ne soit le/la bibliothécaire d’un/une autre 😉 )

    Bien cordialement
    B. Majour

  7. oui j’avais compris, c’était ironique.. pour signifier que chez nous, de déco il n’y a pas!!!

  8. Oui, c’est ce qu’il me semblait 😉

    A remarquer la différence avec les bibliothèques début 20ième où le cadre était plus luxueux et relevé d’art. (par exemple la Sorbonne, ou d’autres)

    Même si on parle d’un cadre, tout de même, figé dans le temps. (jusqu’à la fin des temps ? On peut se le demander.)

    Et là, autant on peut être étonné au début par le décorum, autant le manque de renouvellement entraîne la lassitude. Et s’il y a bien une chose où le décorum ne bouge pas, ce sont bien les cimetières.

    « Les bibliothèques, ces cimetières de l’esprit humain, où dorment tant de morts qu’on n’évoquera plus. Louis de Bonald »

    « Les hommes les plus humains ne font pas la révolution : ils font les bibliothèques ou les cimetières. André Malraux »

    A moins que l’un ne soit l’équivalent de l’autre.
    La bibliothèque et le cimetière ; la bibliothèque est le cimetière.

    Des bibliothèques sans vie, des bibliothèques où repose le savoir.

    Repose. (C’est lourd de sens, non ?)

    Or qui a envie d’aller dans un cimetière… tous les jours ???

    Pas les jeunes en tout cas.
    Eux sont plein de vie.

    Comme voilà des pensées bien mortifères, idem pour le mot disparaître (alter ego du cimetière), je me dois de loucher vers autre chose, de plus joyeux.

    Au détour d’un site, j’ai croisé ceci :
    « De l’Antiquité à nos jours, les bibliothèques ont toujours été des maisons de vie et de savoir et ont contribué, pour une large part, à l’évolution intellectuelle de notre civilisation. N’est ce donc pas magnifique de se dire que, chacun, chez soi, à sa petite échelle, peut continuer à travailler, penser, douter, critiquer, se perdre mais surtout produire de la matière grise et donc participer à ce formidable édifice qu’est le génie humain ? Si l’essence d’une bibliothèque, ce sont les livres et conséquemment le savoir qu’ils contiennent. Il ne faut surtout pas oublier ou négliger les sensations physiques que cela procure d’être dans un tel lieu. C’est un lieu magique, une bibliothèque ! (Petit temps) C’est un lieu magique ! Avec une âme ! Certains diront que ça sent mauvais, que ça respire le passé et le conservatisme et je les comprends. Moi-même, je me surprends souvent à me dire : « Je devrais tout changer en pyro-titane et mettre des robots trieurs et sélectionneurs afin qu’ils puissent ranger ma bibliothèque et me conseiller des lectures sans que j’ai besoin de chercher pendant des heures le livre qui me convient… »  »
    http://words.unblog.fr/est-il-encore-utile-de-posseder-une-bibliotheque-chez-soi/

    Petit passage relatif à une bibliothèque « privée », mais qui a du sens fort pour une bibliothèque « publique ».

    Et à cette lecture, on se rend compte d’une chose.
    S’il est bien une chose qui doit disparaître, c’est notre attitude de gardien de cimetière. Les seuls à pouvoir remettre de la vie dans les bibliothèques, c’est nous.

    A moins que les magiciens du « lieu de vie » n’aient perdu leur magie.

    Toute leur magie ???

    Bien cordialement
    B. Majour

  9. […] Evoluer ou disparaître…c’est là la question? September 20108 comments […]


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