Publié par : kantreadenn | 9 novembre 2010

Journée ABF: les illusions perdues (tome 2)


Vous avouerais-je que j’ai hésité à faire paraitre ce billet? Finalement je le fais, mais à l’intention de toutes les personnes qui ont commenté ailleurs ce billet après l’avoir lu ici -enfin, j’espère qu’elles l’ont lu- je me demande si leur vision des bibliothèques n’est pas celle-là:
silence
Merci à Franquin

Je (re)précise, je n’ai rien contre:

  • les BM
  • la lecture publique (au contraire, les années que j’y ai passées ont été très passionnantes)
  • l’ABF
  • les intervenants à cette journée

Comme je l’avais annoncé, cet article sera consacré à l’intervention de Olivier Tacheau, qui reste à mes yeux la seule vraiment intéressante de cette journée. Pas de provocation, ni de mépris, dans cette affirmation, un simple ressenti.
O. Tacheau m’a un peu coupé l’herbe sous le pied (!!!) en faisant paraître sur son blog aussi vite le texte de son intervention, je ferai donc plus court que prévu -ce qui n’est peut-être pas un mal.
Je précise que je ne connaissais pas O. Tacheau avant cette journée ABF, que je ne vise pas une mutation à Angers -et d’ailleurs les listes d’attente sont bien trop longues!!!- donc que l’on ne voit pas dans cet article une tentative de cirage de pompes qui n’a pas lieu d’être -en plus du fait que ce ne soit pas dans mes habitudes…

Question préalable: Olivier Tacheau serait-il iconoclaste?

Ce qui m’a plu:
le ton volontairement provocateur: que fais-je là? intérêt du rassemblement contestable, tourisme professionnel, vertus thérapeutiques…
Ah, bien sûr, voilà des termes qui déplaisent, qui choquent même, des gens qui se réjouissent d’être ensemble, de se retrouver -quand il a dit cela, ça a rit jaune dans la salle.
O. Tacheau remet à leur place des idées reçues sur la profession -idées des professionnels. Certains m’ont fait savoir que l’intervention de O. Tacheau ne présentait pas grande nouveauté. Si on lit sa présentation (pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore lue, je mets le lien), il est vrai qu’elle ne semble pas être particulièrement originale. Mais il faut la prendre comme un support et (re)lire le texte de son intervention, en essayant de voir au-delà de la gêne et du choc que provoquent de telles déclarations.
D’une part, je pense, à écouter sa présentation de la bibliothèque qu’il dirige, qu’il y a de l’innovation dans ce qu’ils ont fait à Angers. Et d’autre part, et de manière encore plus audible, son discours, tant sur la forme que sur le fond, est en soi une véritable innovation.
Il est dérangeant d’entendre un tel discours?

  • Entendre que nous ne sommes pas tous bons, que notre public utilise des outils que nous vouons, pour la plupart, aux gémonies, et que du coup, nous obstinant à “parfaire” nos portails, nous ne le touchons pas, c’est dérangeant?
  • Entendre que la communication dans les BU n’est que du bricolage, c’est dérangeant?
  • Entendre -pour qualifier des professionnels- des mots tels que: occupationnel, routine, cadre d’emploi…c’est dérangeant?

Entendre des énoncés comme:

  • il ne faut pas apprendre à poser des questions, mais apprendre à donner des réponses
  • le respect des usagers passe d’abord par le respect des collègues
  • comment innover et “contrattaquer” quand on ne sait pas ce que font les autres?
  • fait-on ce métier pour regarder mourir la bibliothèque en se disant que “si j’avais le temps, si j’avais envie…”?
  • le vrai territoire fait entre 13 et 17 pouces

C’est dérangeant? Et pourtant cela ne devrait pas l’être. Et ce serait une véritable innovation.

Ma réponse à la question préalable: oui. Cela vous gêne? Pas moi.

Olivier Tacheau a déplu, choqué, voire plus si j’en crois certains commentaires qui m’ont été fait par des personnes ayant assisté à la journée. Et c’est assez peu étonnant!!! Où a-t-on déjà vu un conservateur pousser l’ironie jusqu’à surjouer le titre de la journée? (pour ceux qui ‘étaient pas là, il a sorti à la fin de sa présentation, un sabre laser: ultime provocation?)
Vous n’avez pas trouvé cela drôle? Il n’a pas été applaudi, c’est sans doute révélateur. Alors que tous les autres intervenants l’ont été.
Olivier Tacheau a dit – à plusieurs reprises- qu’il n’aimait pas l’idée de « bibliothèques assiégées, bibliothèques affaiblies ». Et si la meilleure défense c’était l’attaque? Mais « attaquer » suppose l’acceptation de changer, d’évoluer. Visiblement, tout le monde n’y est pas prêt.
Innovant, alors, le discours de Olivier Tacheau? Je persiste. D’autant plus qu’il est suivi d’effet. Sa présentation de la BU d’Angers démontre la correspondance entre les mots et les faits :

le lieu documentaire doit évoluer vers des fonctions non documentaires.

Parce qu’il ne suffit pas de dire, il faut aussi faire.
Olivier Tacheau m’a donné envie d’aller visiter son établissement. Dommage que les autres n’en ait pas fait autant…

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Responses

  1. Tu veux savoir ce qui a gêné l’assistance?
    Le fait qu’O. Tacheau vienne dire :
    1. Qu’il bosse
    2. Que ses équipes bossent
    3. Qu’il bosse AVEC ses équipes (et vice-versa)

    Olivier Tacheau a eu la décence de ne pas porter l’estocade en communiquant les stats de fréquentation et de prêts/retours des bouquins de ses BU (les seuls VRAIS indicateurs valables comme chacun sait, comme si 1000 personnes et des brouettes qui ont fait le choix d’avoir des nouvelles de leur BU sur Facebook n’étaient pas un indicateur valable, ou au moins suffisant… bref). Qu’un Angevin me corrige fissa si je me trompe, mais ces stats sont chez eux à la hausse…
    Qui peut en dire autant?

    Et tu auras remarqué qu’il n’y a qu’à O. Tacheau qu’on a demandé de citer des échecs (en même temps, quand tu ne fais rien, tu ne risques pas de te planter…)

  2. C’est à mon tour de réagir non par rapport au contenu, tant il me parait difficile de critiquer une journée à laquelle on n’a pas assisté. Je reagis sur le « ailleurs » (souligné) car je me sens visée : en effet j’ai mis un lien vers votre billet sur FB, non pour me faire de la pub mais pour le signaler, pratique courante sur FB et twitter.
    Ce lien a suscité un débat lui aussi mais sur… FB !
    Certes le débat a eu lieu à deux endroits différents mais les personnes qui ont commenté sur FB l’ont fait aussi ici. Ce qui met en evidence un autre problème : la dispersion et l’absence de lieu de débat que ne remplaceront jamais ni les blogs, ni FB.
    Désolée.

    • J’aime bien l’idée qu’un débat puisse s’ouvrir dans des lieux différents. Mais à la condition que toutes les personnes concernées -ou qui se pensent concernées- puissent y participer…

  3. c’est le cas : tout le monde peut participer c’est justement pour cela qu’il y a eu débat

  4. Si OT n’est pas applaudit c’est sans doute que les agent de BM ne le connaissait pas et se sont sentis dévalorisées par son intervention. Ce qui ne présage rien de bon pour l’innovation…

    J’ai retrouvé le débat sur facebook : on y voit que même le président et la déléguée adjointe de l’ABF ne voient pas que du mal dans vos commentaires.

    http://www.facebook.com/sophiebib#!/sophiebib/posts/166345633389216

  5. Les remarques de O Tacheau ressemblent beaucoup à celles que tenaient Claude Poissenot, sociologue , il y a déjà une bonne dizaine d’années sur la lecture publique. Après avoir été déstabilisés par ces propos, un certain nombre de bibliothécaires ont pensé qu’il n’avait peut être pas tort et ont réfléchi avec lui à des propositions possibles. http://penserlanouvellebib.free.fr/
    Quand à la remarque de B&C sur la déléguée adjointe de l’ABF (plus que le président), je crois bien que c’est cela qui m’a fait hurler devant mon ordinateur quand j’ai lu son com. Mais quand on voit la politique du bureau national de l’ABF qui passe une bonne partie de son argent dans un portail ringard (pas du tout WEB 20) et renâcle à financer les journées d’études ou les voyages des groupes régionaux ce n’est guère étonnant et c’est surtout rassurant pour ceux qui les trouvent inintéressantes , elles vont bientôt disparaître du paysage professionnel.

    • Sur le fond :
      tout est discutable, et c’est très sain. Y compris des difficultés que peut rencontrer le BN de l’ABF dans ses choix…
      Sur la forme :
      Si on veut pouvoir discuter, justement, peut-être devrions-nous tourner sept fois la souris sur le tapis avant de cliquer et d’envoyer des posts pour le moins désobligeants pour beaucoup de monde, et qui ferment le débat plutôt que de le faire avancer
      Moi aussi, je sais être désobligeant quand je veux. Mais il se trouve qu’en vieillissant, je veux de moins en moins.
      Pour ce qui est du BN de l’ABF, les membres du bureau actuel ne sont pas accrochés à leur poste.
      Puisqu’il y a de nombreuses personnes qui sont persuadées qu’elles feraient beaucoup mieux, elles n’ont qu’à s’investir dans les instances de l’ABF et, pourquoi pas, accéder au BN, où elle pourront jouir (hem…) d’un incommensurable pouvoir (re hem…)

  6. Je ne pense pas que ce soit le lieu pour ce débat mais je veux bien en parler ailleurs.

  7. […] Journée ABF: les illusions perdues (tome 2) November 20108 comments 4 […]


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