Publié par : kantreadenn | 12 mai 2011

Une journée ordinaire…



Voici donc notre banque de prêt, un de mes deux postes de travail principaux. [l’autre étant mon bureau, situé sous la flèche rouge]. Les magasiniers y passent en moyenne 3 heures par jour, en deux séances équivalentes. Nous sommes deux en même temps, durant la période des horaires d’ouverture dite « normale », un seul en période d’horaires dits « réduits ». Nous sommes installés dans ce qui s’appelle le « hall d’entrée »

-pas très original- et qui a connu plusieurs transformations depuis que je suis ici -1996 pour ceux qui ne suivent pas.

le « hall » il y a bien longtemps

Notre travail: principalement la gestion des retours, des prêts et des inscriptions. De temps en temps, des renseignements aussi divers que variés -où sont les toilettes, les photocopieurs, etc…- et de temps en temps un peu de renseignement bibliographique. Nous gérons aussi les alarmes du portique anti-vol

-pas très souvent motivées heureusement.
La banque de prêt est occupée de 8 heures à 18h45 du lundi au jeudi et de 8h à 17h45 le vendredi.
Une journée ordinaire se déroule de la manière suivante:
Arrivée à 8h30 -sauf si je suis d’ouverture auquel cas j’arrive à 7h50. Consultation de ma messagerie professionnelle, traitement immédiat des éventuels demandes d’exeat ou de renseignements divers et variés. Ouverture du logiciel de gestion des transactions et impression des lettres de relance. 8h45, tous les magasiniers -sauf un(e) qui reste en banque de prêt- vont ranger les livres dans la salle de libre accès (aujourd’hui)

(avant-hier):

Nous y passons en général entre 1/4 d’heure et une demi heure. Une fois cette tâche terminée, pendant laquelle nous rangeons également les rayonnages -c’est fou ce que les étudiants sont capables de mettre le bazar!!!- je retourne à mon bureau et je traite les lettres de relance. Il s’agit d’aller vérifier en rayons si les documents n’ont effectivement pas été rendus -mauvaise manipulation au retour, retour furtif- ce qui bien sûr est le plus souvent le cas. Une fois cette vérification en salle effectuée, je rentre sur chaque fiche informatique des étudiants le blocage correspondant au type de lettre que j’envoie. Je mets sous enveloppe et hop! au courrier. Le nombre est variable suivant les jours. Hier j’en avais une dizaine, ce matin 52!
En général, je fais une permanence de banque de prêt dans la matinée, et je fais la vérification et la mise sous enveloppe avant et après. Après, déjeuner: 50 mns de pause repas et café.
Ensuite, comme aujourd’hui, permanence de banque de prêt, puis je termine mes lettres de relance. Il faut assumer les permanences de suppléance -cela consiste à ranger les documents au fur et à mesure de leur retour sur les rayons dans le magasin -en attente du rangement du matin.
Explication: tous les documents qui sont rendus une journée donnée sont stockés sur des étagères dans le magasin derrière la banque de prêt par le suppléant. Le soir, ils sont mis sur des chariots et ils sont rangés le lendemain matin.
Entre temps, on traite les demandes de prêt navette -demande de documents par les étudiants des deux autres sites- on remet du papier dans l’imprimante dédiée aux étudiants, etc…etc…
En fin d’après-midi, un jour ordinaire, je m’en vais, un jour comme demain jeudi, je retourne en baque de prêt à 17h pour assurer la fermeture. Nous sommes deux, un reste en banque, l’autre passe dans les salles pour commencer à ramasser tous les documents abandonnés là par les lecteurs. Et il y en a!!!
18h30, on avise par micro de l’imminence de la fin du prêt (18h45), 18h45 on ferme la banque de prêt, et on fait le tour des salles pour ranger les derniers documents qui traînent encore, les chaises, on demande aux étudiants d’éteindre leur ordinateur portable, de ranger leurs affaires et de se diriger vers la sortie. Et alors qu’un quart d’heure plus tôt on se disait que ça n’allait pas être facile, finalement à 19h, tranquillement, tout le monde est sorti. On souffle, on ferme les portes, on éteint les lumières et on rentre à la maison. Ouf…

Et puis il y a toutes les autres tâches qui m’incombent et avec lesquelles il faut que je jongle au cours des journées parce que parfois les circonstances imposent un traitement immédiat:
une régularisation de situation d’un(e) étudiant(e) qu’il faut traiter rapidement pour qu’il (elle) puisse faire son inscription pour l’année suivante
une modification du planning de l’équipe de magasiniers (je suis chargé de sa gestion hebdomadaire) pour une récupération ou un congé -prévu ou soudain. Et éventuellement prévoir un remplacement pour une fermeture ou une ouverture qui du fait ne sera pas assurée par le collègue prévu.
aller débloquer des cartes coincées dans le photocopieur
répondre aux coups de sonnette -insistant- des livreurs qui n’aiment pas attendre
etc…etc…
Voilà de quoi est faite -chez nous- la journée d’un magasinier.
Il faut, dès qu’on intègre la profession, oublier la quasi totalité de ce qu’on a pu lire dans le « métier de bibliothécaire », oublier toutes les organisations auxquelles on a nous a préparé pour le concours -déménagement, installation, à part la gestion d’emploi du temps- et se couler dans un moule où la plupart des tâches sont répétitives, pas toujours enthousiasmantes, et d’autres intéressantes, mais pas toujours prévues dan le « métier… ». Un exemple? En plus des tâches énumérées ci-dessus, je suis chargé de la gestion du calendrier des dates de prêts des documents. J’interviens dans le logiciel de gestion des transactions -« HORIZON » chez nous- pour gérer les périodes d’interruption pédagogique -pas de retours pendant ces périodes- les fermetures -Noël (1 à 2 semaines) et l’été (4 semaines)- et la période d’été où nous prêtons les documents de fin juin à la mi-septembre.
J’aime mon métier. Il y a des tâches que j’apprécie plus ou moins. D’autres que j’aime beaucoup. Les permanences en banque de prêt sont de celles-là. Même s’il m’arrive de pester -in petto- contre certains lecteurs, c’est là que nous avons, nous magasiniers, le contact avec le public. C’est là que nous créons des liens avec certains lecteurs, c’est là que nous gérons des difficultés, des situations amusantes ou « tragiques », nous sommes le premier contact des étudiants avec la BU, ce qui demande une attitude tempérée, de la patience -énormément parfois!- et un minimum de psychologie pour traiter le plus sereinement possible des conflits entre le lecteur et la bibliothèque -i. e. nous, en première ligne pour le lecteur- remonter le moral de certain(e)s après des partiels difficiles, expliquer à certain(e)s 1ère année les arcanes du campus. J’ai tissé des liens très forts avec certains étudiants, avec certains enseignants aussi, certain(e)s sont devenus des amis. Alors, malgré parfois la lassitude, l’énervement caché -plus ou moins bien!- j’aime le contact avec ce public le plus souvent indifférent, parfois difficile, mais dont un grand nombre, à force d’années, sait qu’il peut trouver auprès de nous « bibliothécaires en banque de prêt », une aide et parfois un soutien.
C’était une journée ordinaire à la BU.
[crédits photos: A. Carré]

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Responses

  1. Faute de connaître votre BU autrement que par votre chronique, certains points me surprennent, que je traduis en questions.

    Il semble n’y avoir de permanence qu’à la banque de prêt, quid des salles de lecture ? La fermeture du prêt 1/4 d’heure avant la fermeture complète est-elle liée au fait qu’il n’y a personne pour aider les collègues (= deux magasiniers ?) de permanence à faire la fermeture ? Mais comment cela se passe-t-il si d’aventure l’anti-vol se déclenche ?

    La remise en place une fois par jour, avec stockage intermédiaire, je crois entrevoir l’intérêt : vous pouvez pré-classer tous les retours beaucoup mieux que sur des chariots successifs ; et vous ne ré-intercalez qu’une fois par jour, en perdant un minimum de temps.
    Par contre, même s’il y a le catalogue, donc la possibilité (au moins théorique) pour un étudiant de réclamer un volume « En rangement », vous gelez la disponibilité des documents pour une durée variable, selon l’heure de retour.
    Et vous vous obligez à ranger des documents qui seraient repartis en prêt à peine rentrés, les codes et manuels de Droit par exemple. Pourquoi ne pas plutôt remettre assez rapidement à disposition en salle, même dans un léger désordre, sur des chariots, ou un rayonnage « de remise en rayon » ? Cela se pratique en BM, les lecteurs souvent y trouvent leur compte, et la bibliothèque
    En fait, ce qui m’étonne le plus, c’est l’absence totale (ou ai-je mal compris ?) de moniteurs étudiants…

    • (re) bonjour
      c’est un commentaire plein de questions qui appellent des réponses difficiles, je vais tout de même essayer d’y répondre -le tout en conservant par nécessité un certain devoir de réserve.
      1er point, les permanences:
      il y a deux types de permanence: celle de la « banque de prêt », assurée par deux magasiniers, et celle de « l’accueil », assurée par un(e) A ou B. Ces 2 permanences se tiennent dans la même sale (dite hall) et il n’y a pas de permanence dans les autres salles.
      De 17 à 19 heures, nous sommes en principe 4 personnes: 2 C et 2 A et/ou B. Un magasinier assure la permanence proprement dite pendant que le deuxième fait du rangement, récupère les livres, etc… Lors de l’annonce de la fin de prêt, celui-ci aide son collègue si il y a affluence. A partir de 18h45, la banque de prêt étant fermée, les deux mags terminent le rangement. Parallèlement, un A ou B assure la permanence d’accueil ,la deuxième personne travaillant dans son bureau. A 18h45, les deux A / B assurent le rangement dans quelques salles dites d’usuels.
      La fermeture s’effectue donc à 4.
      La fermeture du prêt à ’45 a été décidée pour permettre au personnel de pouvoir effectuer un rangement complet des salles -documents, chaises, fermeture des salles, extinction des écrans d’ordinateur, etc… dans de bonnes conditions, de manière à ce qu’il n’y ait plus de rangement à faire le lendemain matin, excepté celui des documents en retour.
      Pour réagir au déclenchement éventuel du système antivol, il y a toujours un de nous 4 dans le « hall », et un PC allumé pour pouvoir effectuer la vérification.
      2ème point, le rangement:
      cette manière de faire a été décidée il y plusieurs années, et tient à plusieurs raisons:
      l’application des 35 heures, l’augmentation des horaires d’ouverture, la modification de l’agencement de la salle de lecture, et une fréquentation plus qu’intense.
      Les retours d’une journée donnée -qui ont donc un statut « en rangement » dans le catalogue- sont exclus du prêt pour la durée de cette journée. Ils sont donc remis en rayons le lendemain matin, et à nouveau empruntables. En principe, donc, impossible d’emprunter un document « en rangement » [ne le dites à personne, mais il nous arrive de faire une entorse à cette règle] et ce quelque soit le type d’ouvrages. La disponibilité des documents concernés est donc de 24 heures au maximum.
      Il est possible que cette façon de faire soit plus ou moins obsolète aujourd’hui, et paraisse dommageable pour les lecteurs…
      3ème point, les moniteurs étudiants:
      vous n’avez pas mal compris, je n’ai effectivement pas mentionné de moniteurs étudiants. Tout simplement parce que je n’évoquais que le travail de l’équipe de magasiniers. Et qu’il n’y a pas -plus- de moniteurs étudiants dans cette équipe. Il y en a eu. A partir de la période sus-citée, 2 moniteurs étudiants se relayaient en soirée pour nous aider à ranger les documents en salle -il y en avait vraiment beaucoup à cette époque!- ce qui nous permettait d’en avoir moins à ranger le lendemain matin. La masse de documents à ranger ayant largement diminué -sauf en périodes d’examen- la bibliothèque n’a plus embauché de moniteurs pour ces tâches. par contre, elle embauche toujours deux moniteur(trice)s pour étayer l’équipe de BAS (accueil, formation, visites, etc…)
      J’espère avoir répondu clairement à vos questions. Je ne commente pas ces réponses parce que comme la politique documentaire, une modification, une évolution éventuelles de ces pratiques dépend de ma hiérarchie et que l’ensemble du personnel affecté à ces tâches semble satisfait de ce fonctionnement.
      Ce fonctionnement est-il plus destiné à faciliter le travail des bibliothécaires que l’accès des lecteurs aux documents? La réponse ne m’appartient pas…

  2. « Il est possible que cette façon de faire soit plus ou moins obsolète aujourd’hui, et paraisse dommageable pour les lecteurs… »
    Moins obsolète qu’incompréhensible. Quant à savoir ce qu’en pensent les lecteurs, il suffirait de le leur demander… Le fait que la règle n’est pas toujours appliquée, le rapport à l’usager devenant dans ce cas de figure un peu arbitraire : « à la tête du client » (ou à celle de l’agent 😉 donne à penser qu’elle est a minima mal comprise.
    Il y a en fait une autre justification à ce type de système, souvent entendue, et pour le coup … ancienne : la chasse au « réemprunt immédiat » par le même lecteur, ou à la pratique qui consiste, pour deux étudiants, à s’organiser et monopoliser tel document pendant un certain temps. L’objectif (louable en soi) de faire tourner le fonds entre un maximum d’utilisateurs permet de garder la conscience tranquille.

    Nous avons tendance à vouloir le Bien pour nos usagers, quitte à parfois réglementer, contrôler, compliquer et contraindre au-delà du raisonnable.
    Un exemple local.
    En cas de demande forte sur un titre, l’une des variables d’ajustement dont dispose la bibliothèque est la durée de prêt (document vs usager). La plus couramment appliquée étant de deux semaines (étudiants en licence), on a instauré (en BU Droit surtout) le « type » P7 (jours) : pour les « petits formats » (QSJ, certains Gualino…), puis la dernière édition des manuels très demandés, puis … Pour nous apercevoir un jour qu’une partie conséquente du fonds relevait de ce régime très (trop) contraignant; et que les effets pervers (je ne détaille pas, mais ils sont nombreux) l’emportaient peut-être sur les bénéfices, notamment pour les usagers. Lesquels avaient fini par nous le faire savoir dans leurs réponses à une récente enquête de satisfaction.
    La mise en cause de cette pratique a rencontré des résistances, non négligeables, et très argumentées « en faveur de l’usager », lequel ne sait pas ce qui est bon pour lui. Pour finir, 4 mois après la disparition des P7, tout le monde semble content.
    Ceci pour dire que même des pratiques sensées être (vue comme) favorables au public, ce sont celles-là en priorité qui demandent à être soumises au feu de la critique !

    • Bonjour
      « il suffirait de le leur demander » : oui, il suffirait…encore faut-il vouloir le faire, et accepter l’idée que les réponses n’iraient pas forcément dans le sens que l’on voudrait.
      « la conscience tranquille. » voilà effectivement un élément qui me paraît beaucoup compter dans le fonctionnement de certaines bibliothèques.
      « l’usager ne sait pas ce qui est bon pour lui »: argument qui rejoint celui énoncé ci-dessus. E t qui conforte l’idée que la bibliothèque est nôtre, que les documents sont nôtres, et que nous « acceptons » de les mettre -les livres et la BU- à la disposition des lecteurs, mais à nos conditions, étant posé qu’il n’y a que nous, professionnels, qui sommes à même de savoir ce qui est bien. Ce qui permet de décider ce qui est favorable pour le public, sans même lui demander son avis.
      Constat quelque peu amer, mais vérifiable tous les jours dans les comportements, les remarques.


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