Publié par : kantreadenn | 24 novembre 2011

Un magasinier est-il…


…un bibliothécaire comme les autres?

[précision: pour faciliter la lecture de mes -nombreux- lecteurs, je vais partir du postulat que un magasinier et/ou un bibliothécaire vaut pour les deux sexes. Merci de votre compréhension, et surtout n’y voyez pas un soupçon de machisme]

Prenons un magasinier lambda, rentré dans la profession depuis de nombreuses années, ne possédant aucun diplôme -à part, quelquefois, un baccalauréat- un peu âgé bien sûr, et donc doté d’une certaine expérience. Ce magasinier, à qui les tâches habituelles prennent moins de temps qu’avant, et qui -effet d’une éducation surannée, je l’avoue- n’aime rien tant que travailler quand il est au… travail, aimerait bien qu’on lui confie d’autres tâches.

Oh, que l’on soit clair. Loin de lui l’idée d’aller « voler » le travail de ses collègues « B » -de vrais bibliothécaires, même si adjoints- mais il se dit qu’avec son expérience, il devrait être capable, avec un minimum de formation si nécessaire, de faire des visites de la bibliothèque en début d’année, ce qui permettrait par exemple, de la présenter à des groupes moins importants. Ou d’obtenir une formation en langue, langue qu’il possède déjà plus ou moins, mais dont il pourrait améliorer l’usage, ce qui lui permettrait éventuellement d’assister dans de meilleurs conditions les nombreux étudiants étrangers qui viennent dans notre université. Bien sûr, ils viennent là pour apprendre le français, mais cela pourrait les aider, au moins en début d’année, à vivre mieux le déracinement -nombre de nos étudiants étrangers sont des asiatiques.

Seulement voilà, quand on parle d’expérience dans nos bibliothèques, on n’envisage que l’expérience professionnelle. Mais il y en a une autre, celle que l’on acquiert au fil des ans, de par ses différentes activités hors du travail.

Peut-être ce magasinier lambda a-t-il fait de la formation pendant ses loisirs. Peut-être même a-t-il encadré, voir dirigé des stages de formations, pour adultes, jeunes ou moins jeunes. Cela ne pourrait-il pas être un tremplin pour faire de la formation intra BU, ou est-ce impossible parce qu’il magasinier?

Peut-être ce magasinier, du fait qu’il a beaucoup fait partie du monde associatif, dans lequel il a eu des responsabilités, n’a-t-il aucune difficulté à s’exprimer à l’oral. Cela ne pourrait-il pas être un tremplin pour mener des visites, ou est-ce impossible parce qu’il magasinier?

Peut-être pourrait-on, dans les BU, s’intéresser à ce que les magasiniers, jeunes ou moins jeunes, font, ou ont fait, et utiliser ces connaissances, ces savoir-faire, s’ils en expriment l’envie. A l’heure où les bibliothèques doivent évoluer, on ne peut pas envisager cette évolution sans prendre en compte les atouts de tout le personnel, sans exception aucune. Quitte, et sans doute nombre de personnes ne vont-elles pas être d’accord, à tordre quelques bras -d’en bas ou d’en haut.

A négliger ces savoir-faire, les bibliothèques se privent  d’atouts importants, et créent une certaine démission chez les magasiniers. Je ne parle pas là pour moi, qui ait malheureusement perdu toutes mes illusions sur le fait qu’on pourrait nous offrir ces possibilités à la BU, mais pour tous ces magasiniers, âgés ou non, qui se morfondent dans un travail qui ne les intéresse plus vraiment, et qui savent que parce qu’ils sont magasiniers, on ne leur offre, dans la majorité des cas, que très peu de possibilité d’évolution dans leur travail.

Avant que quiconque ne m’oppose le fameux argument du concours pour devenir BAS: tous les magasiniers ne peuvent pas devenir BAS. Soit parce qu’ils pensent -à tort ou à raison- être incapable de réussir un concours, soit par ce qu’ils ne peuvent en aucun cas envisager une mutation loin de chez eux, soit parce que de toute façon il n’est pas possible que les magasiniers deviennent tous un jour ou l’autre BAS, ou bibliothécaire, ou conservateur.

Je me trompe et il y a plein de BU qui offrent ces possibilités à leur personnel, y compris les magasiniers. Dites-le ici, cela permettra aux futurs magasiniers, ou à ceux qui vont demander une mutation, de choisir en connaissance de cause les BU où il fait bon aller travailler.

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Responses

  1. Il est vrai que si l’on ne fait qu’attendre une possibilité d’évolution dans son travail, on peut attendre longtemps.
    Mais on peut aussi proposer, insister, revenir à la charge, s’organiser entre collègues, prendre des initiatives sans attendre toujours la permission, non ?

    • Bonjour Marie Paule
      Proposer, insister…bien sûr, c’est ce que nous faisons, même encore moi parfois. Prendre des initiatives sans attendre de permission? Je me vois bien décider d’aller faire des visites de la Bu sans en référer à mes supérieurs!!! Dans quel monde travaillez vous?
      Je suis magasinier, je ne peux pas décider que je vais faire ci ou ça: c’est ma hiérarchie qui décide. Pas chez vous? Ou bien êtes-vous la hiérarchie?
      Alain

  2. Pour ce qui est de l’accueil des L1, je sais que certains BU impliquent les magasiniers. Même chose pour le catalogage, qui est parfois délégué aux collègues magasiniers qui en font la demande. J’espère vraiment que ces pratiques se généraliseront 🙂

  3. Même constat que liberlibri. Pour ma petite expérience j’ai commencé moniteur étudiant, puis magasinier pour aller vers BAS et AQC en ayant suivi plusieurs formations au cours de mes CDD de magasiniers. Eh oui il y a même des bibliothèques où l’on propose des accès aux formations aux contractuels et non ce n’est pas sur Mars ! Après, encore faut-il qu’il y ait une véritable politique de formation, des personnes relais qui acceptent de casser un peu les barrières et laisser, par exemple, les magasiniers toucher à des notices bib (aaaaaaahhhh nonnnn ! diront certains). Je suis peut-être tombé, par chance sur ces personnes. Rien n’est inamovible. Ce point a été de nombreuses fois abordé en réunion avant que nous puissions mes collègues contractuels et moi-même accéder à ces formations… Courage et ténacité !

  4. Je suis magasinier (avec ou sans « e », je ne sais jamais !) et j’ai la chance d’être dans un établissement qui permet aux mag’ qui le souhaitent (et qui le peuvent) de mener ces visites de BU en début d’année et même de former les L1 au portail documentaire et à la recherche documentaire.
    Alors oui, j’ai un DEUST info doc., mais même avec mon diplôme dans mon établissement précédent c’était : chacun à sa place.
    Petite précision : je suis dans une petite BU avec peu de personnel alors ceci explique peut être cela.

  5. Il est certain qu’il y a chez les magasiniers un besoin de formation, parfois exprimé, le plus souvent latent. Si l’on veut que nos bibliothèques soient performantes, il conviendrait même de susciter les besoins de formation ou « de les aider à s’exprimer, de pousser les magasiniers à partir en stage, de les rendre peu à peu experts dans les tâches qui leur sont confiées et, pour certains d’entre eux, de les soutenir pour mener à bien leurs tentatives de promotion interne. Ce dernier point est délicat : les chefs d’établissement ou les chefs de service hésitent parfois à autoriser leurs magasiniers à suivre la formation professionnelle moyenne (du type CAFB), de crainte peut-être d’un échec qui peut aigrir les intéressés, plus sûrement par peur d’une demande croissante de leur part, ce qui risquerait de décimer les rangs d’un personnel déjà jugé trop peu nombreux.


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