Publié par : kantreadenn | 1 décembre 2011

La résignation est un suicide quotidien


…ici on meurt tous les jours…

A l’origine de cet article, une vidéo de présentation réalisée par Angers, et que vous pouvez voir ici:

L’idée initiale était de comparer  deux BU, Angers et la nôtre, que beaucoup de choses opposent, et en particulier une volonté de se projeter dans l’avenir à Angers, et une volonté de ne pas bousculer le présent -voir le passé- à Chambéry, qui en font deux BU aux antipodes l’une de l’autre.

Je ne connais pas assez bien Angers, j’ai donc hésité à faire cette comparaison. Et puis est paru l’article de Livres Hebdo, à propos du prix des bibliothèques attribuée à cette même BU car, je cite:

elle joue avec brio d’une large gamme d’initiatives se complétant de façon dynamique et ne laissant aucune place à la routine. La BU d’Angers est une véritable maison du savoir, une bibliothèque exemplaire en somme.

Établir une comparaison entre la BU d’Angers et la BU de Chambéry serait comme comparer Haile Gebreselassie -pour les non initiés, le plus grand coureur de marathon de tous les temps- et votre serviteur, i. e. l’excellence et l’ordinaire. J’ai donc comparé ce qui est comparable, i. e.  la bibliothèque elle-même, à des époques différentes.

La BU dans les années 90, c’était cela:

le hall
le hall avant

le libre accès:
LA avant

entre les deux (1995-2000) la salle de libre accès s’est remplie de livres, les épis s’alignaient perpendiculairement aux baies, séparant les uns des autres des îlots de tables.

aujourd’hui c’est cela:

le hall:
hall aujourd'hui

le libre accès:
LA aujourd'hui

Que de changements!!! Vous trouvez? Et bien pas tant que cela en fait. Bien sûr, il y a eu une nette augmentation du nombre de documents, ce qui a amené à modifier les salles.

Mais là où il y a eu un grand changement, c’est lorsque nous avons eu au début des années 2000, un changement de directrice. La nouvelle, voulant imprimer sa marque, et ayant une vision très « scolaire » des études a décidé une transformation complète de la disposition des salles. Tout a été redisposé.  La nouvelle mise en place installe tous les rayonnages au milieu de la pièce, alignant latéralement toutes les tables, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus. Ceci permet une « communication » entre étudiants à plusieurs tables, ce qui ne garantit pas le calme.

Le hall, destiné à ne plus accueillir que les périodiques et les journaux -et accessoirement les lecteurs-  devient un véritable hall de gare, le bruit des trains en moins. Des tables y sont de plus  installées, qui gênent la circulation des personnes, à une époque où la fréquentation de la BU est encore importante.

Les salles dites « d’usuels »,  plus petites et destinées aux juristes et historiens essentiellement -mais pas exclusivement- voient les tables installées comme dans une classe élémentaire traditionnelle, ce qui est destiné  » à assurer des conditions de travail au calme et dans le silence ».

Cette disposition -qui date de près de dix ans!!!- était faite dans un esprit traditionnel qu’une partie du personnel rejetait déjà à l’époque. Dix ans -ou presque- après -presque- rien n’a changé. Les salles d’usuels sont restées en l’état -au moins en ce qui concerne les tables-  le hall s’est vu adjoindre quelques chauffeuses et les ordinateurs de l’ex salle multimédia, il y a – un peu- moins de bruit qu’avant -il faut dire que la fréquentation est nettement moindre…

La salle de libre accès est restée en l’état, avec quelques légères modifications au fil des ans -à peine perceptibles- comme l’adjonction de petits rayonnages de dictionnaires et encyclopédies que l’on peut voir au premier plan sur la photo. Récemment, toutes les tables ont été changées pour être remplacées par des tables neuves équipées -toutes- de prises électriques pour le branchement des ordinateurs portables des étudiants. Mais ce qui pouvait passer pour une bonne idée se révèle un piège. Cela a été réalisé de telle façon qu’il semble désormais impossible de modifier de quelque façon que ce soit la disposition de cette salle.

Ce qui n’est pas forcément dommageable puisqu’en dix ans, personne ne semble s’être jamais questionné sur ces dispositions.

Nous procédons à des changements mineurs qui n’affectent en rien la « stabilité » de l’établissement (comme si le fait d’installer une demi-douzaine de chauffeuses allait transformer la BU en « learning center ») mais nous ne touchons pas au fond des choses.

Une réflexion globale s’impose, à laquelle devraient être associées toutes les parties: personnel, usagers, institution.  Et pourquoi pas, en attendant, une enquête auprès des usagers?

Je sais qu’il ne m’appartient pas de juger des raisons qui poussent à l’immobilisme, mais,  partant du principe que « qui n’avance pas recule », je me pose des questions sur le devenir de la BU.

Se contenter d’une fréquentation qui ne faiblit pas trop, alors qu’elle est déjà basse -nous sommes passés de 320 000 entrées en 2005 à 170 000 en 2010- ne me semble pas le meilleur argument pour imaginer faire évoluer la BU.

Cette involution m’inquiète à double titre. D’abord vis à vis des lecteurs, que nous allons perdre petit à petit -il y a d’autres facteurs à la régression de la fréquentation, mais celui-ci en est un des plus importants- ensuite vis à vis du personnel, et en particulier des nouveaux arrivants? Tous ces jeunes et futur(e)s magasiniers, BAS ou bibliothécaires, qui ont été élevés dans le web,  qui ont grandi avec Facebook, Twitter et j’en passe…Que vont-ils devenir dans une BU qui ignore les réseaux sociaux, qui a pour seul moyen de communication un blog/site né de deux parents que tout oppose, WordPress et bricolage informatique?

Est-il si difficile d’offrir à nos lecteurs:

  • un espace qui correspond plus à leurs attentes
  • des moyens de communiquer réellement avec nous
  • une communication plus en phase avec notre public
  • des salles qui permettent à tous de travailler dans de bonnes conditions
  • des salles de travail en groupe
  • un accueil digne de ce nom
  • etc…etc…?

Se poser des questions, en poser à notre public, y répondre, abandonner l’idée que la BU est notre bibliothèque, où nous voulons bien recevoir les étudiants, où nous voulons bien mettre à leur disposition des outils -outils fabriqués par et pour des bibliothécaires- mais enfin admettre, et même poser comme condition sine qua non, que la bibliothèque est un outil dont ils ont besoin, et que cet outil, et les bibliothécaires,  doivent s’adapter à leurs besoins.

Je l’ai déjà écrit, et je le répète. C’est à nous de nous transformer pour transformer la BU. Pas à nos lecteurs. Il leur faut les outils qu’ils utilisent tous les jours, pour communiquer, pour faire des recherches, des outils auxquels on ne donne pas comme principe de base qu’ils ne peuvent être bons que s’ils sont compliqués. Bien sûr, nous serons amenés à passer moins de temps à leur expliquer -souvent en pure perte- comment fonctionne le catalogue, mais nous mettrons ce temps à profit pour d’autres tâches. Mais, nous ne serons plus indispensables? Mais, le sommes-nous?

PS: depuis 15 jours l’université de Savoie s’est dotée d’une page Facebook et d’un compte Twitter @Univ_Savoie. Et le SCD? Rien pour le moment.

 

*la citation titre est de Balzac

Publicités

Responses

  1. « Rester compétent en se posant toujours les bonnes questions plutôt qu’être compétent à un moment donné avec les bonnes réponses, vite périmées. »

    J’en ai fait la maxime de mon blog, car cela représente bien ma façon de penser. Bien entendu, en bon bibliothécaire, je cite mes sources. Devinez qui en est l’auteur? Olivier Tacheau, directeur de la BU d’Angers.
    http://tacheau.wordpress.com/

    Celui-ci dit aussi : « Vous ne viendrez pas pleurer »
    http://tacheau.wordpress.com/2011/11/12/vous-ne-viendrez-pas-pleurer/

    Alain pleure car il n’a aucune prise sur les destinées de son lieu de travail. Mais ses dirigeants, ceux qui ont le pouvoir de changer les choses, pleurent-ils? Ce n’est même pas sûr.

    Alain, je pleure avec vous et je vous soutiens.
    http://infodocbib.free.fr/index.php/2011/12/bibliotheques-a-nous-de-vous-faire-preferer-macdo/

    • @tadkozh bihan: trugarez bras
      non, bien sûr ils ne pleurent pas. Pourquoi le feraient-ils d’ailleurs puisque tout va bien dans le meilleur des mondes.
      merci encore
      Alain
      PS: et rendez vous peut-être un jour dans un Mc Do plutôt qu’une BU…

      • Ou bien dans un troquet, il y en a de très sympas dans la rue Saint Michel, avec de la bonne musique. Et en plus, ils offrent… le Wifi! 🙂

  2. Bonjour,
    Ravi de votre retour à l’écriture (oui, je sais, j’ai du retard à l’allumage, mais j’avais cru à une longue retraite, tant votre déprime semblait irrémédiable !).

    Plusieurs phrases de ce billet mériteraient des développements.
    D’abord votre remarque sur ce que vous présentez comme une contradiction (insurmontable ?) : un site ouèbe qui intègre la structure d’un blog. En quoi est-ce si gênant ?

    Ensuite les propositions d’évolution de l’offre :
    – « un espace qui correspond plus à leurs attentes »
    Lesquelles sont peut-être contradictoires, ou alors différenciées selon une typologie des lecteurs à approfondir.
    – « des moyens de communiquer réellement avec nous »
    Compte tenu de ce que vous dites par ailleurs, j’imagine qu’elle doit pour vous passer prioritairement par les réseaux sociaux. Mais penseriez vous aussi à d’autres possibilités ?
    – « une communication plus en phase avec notre public »
    Idem.
    – des salles qui permettent à tous de travailler dans de bonnes conditions.
    Il faudrait préciser ce que cela implique, d’après votre expérience de « première ligne » .
    – « des salles de travail en groupe »
    Difficile de ne pas être d’accord, même s’il n’est pas sûr que cela résolve tout : la demande est très fluctuante.
    – « un accueil digne de ce nom. »
    Vous parlez d’organisation, de disposition dans les espaces, des deux ? Et distinguez vous l’accueil de « l’aide à la recherche » ou avez vous en vue un service unifié ?
    Bon, rien que des questions, me direz vous, mais c’est qu’on a souvent envie d’en savoir plus 😉
    Une impression générale cependant, celle d’une vue un peu manichéenne de la relation au public : ce serait uniquement à la BU à s’adapter « au public ». Le principe est excellent, faudrait-il encore que le public soit UN. Le constat serait plutôt qu’il y en a plusieurs, avec des attentes et des comportements (ceux-ci traduisent-ils celles-là ?) qu’on qualifiera a minima de « divers », selon les filières d’enseignement, l’origine sociale (ce qui se recouvre souvent) etc.
    Nous avons fait une enquête de satisfaction à l’automne 2010 : la demande de calme, à défaut de silence, figurait en bonne place dans les réponses. Or nous n’avons jamais eu autant de mal à le faire respecter et nous naviguons à vue pour gérer cette contradiction. La présence dans les espaces publics, à certaines heures, devient chaque année plus difficile, prioritairement pour les collègues qui y passent une large partie de leur temps, mais aussi pour l’encadrement, pour peu qu’il s’y frotte … Et la question devient : jusqu’où doit-on pousser l’adaptation ?

    En ce qui concerne les outils mis à disposition du public, qu’il faille aller vers une simplification, au fur et à mesure que l’offre documentaire se complexifie, c’est une idée qui mettra tout le monde (quoique !) d’accord. Mais là, c’est plutôt l’offre progicielle qui ne paraît pas à la hauteur, si j’en juge par nos premières réflexions (locales) sur l’évolution de nos outils informatiques dans le cadre du prochain contrat.

    • Bonjour
      non, non, la longue retraite, ce sera pour un peu plus tard. j’avoue que je préfèrerais tout de suite…
      merci de (long) commentaire. je vais tâcher d’y répondre du mon mieux.

      un site ouèbe qui intègre la structure d’un blog. En quoi est-ce si gênant ?

      dans l’absolu, ce n’est pas forcément un problème, je mets ici en cause une technique qui amène à complètement changer l’architecture d’un système qui se suffit à elle-même, au prétexte qu’il est nécessaire d’avoir des pages parfaitement « propres », le résultat de ces manipulations étant un blog qui a l’air d’un site et d’un site qui n’a pas l’air d’un blog.

      des moyens de communiquer réellement avec nous

      que l’on soit clair: mon idée de la communication n’est pas exclusivement faite de réseaux sociaux. mais je considère qu’on ne peut pas en faire abstraction comme on le fait ici, au prétexte que FB, par exemple, est un « truc de gamins » et qu’on ne peut pas sérieusement envisager d’y participer. Pas exclusivement réseaux sociaux mais force est de constater que la plupart des PC ouverts à la BU -qu’ils soient à eux ou à nous- ont le plus souvent une session FB ouverte. Et que si on veut les contacter rapidement…

      des salles qui permettent à tous de travailler dans de bonnes conditions.

      et donc des salles de travail en groupe, des salles de lecture, petites et/ou grandes, de manière à ce qu’ils puissent dans de bonnes conditions qu’elles que soient leurs manières de travailler. Aujourd’hui, un groupe de 5 ou 6 étudiants qui doit faire un travail commun ne peut s’installer dans la grande salle -trop de bruit- ni s’installer dans les petites salles d’usuels -c’est eux qui vont déranger.

      un accueil digne de ce nom

      je parle essentiellment de la manière dont nous recevons nos lecteurs. L’accueil humain, principalement, la manière dont est organisé cet accueil -disposition des bureaux, par exemple, et de manière plus large, horaires, fermetures…- et enfin, les locaux dans lesquelles nous les accueillons.

      une vue un peu manichéenne de la relation au public

      je vous avoue que je ne comprends pas la signification exacte de cette remarque, mais j’imagine qu’elle n’exprime pas une idée entièrement positive de ma vue. en ce qui me concerne, quelques que soient les différences entre les étudiants -intellectuelles, sociales, niveau d’études- nous nous devons d’assurer une relation qui doit être basée sur ces critères qui me paraissent incontournables: respect de l’autre, politesse, service à rendre. Ensuite, on peut adapter le service à rendre en fonction de critères propres à la personne demandeuse. Entre un licence 1 et un doctorant, la service à rendre aura pour corolaire la demande, elle-même fonction du statut de l’étudiant.
      Pour en finir:

      la demande de calme, à défaut de silence

      voilà à mon avis un service non rendu aux étudiants, chez nous. Quand plus personne ne peut, ne veut, faire en sorte d’essayer d’imposer un calme relatif en salle de travail, les magasiniers ayant abandonné cette tâche parce que ne se https://magbu.wordpress.com/wp-admin/edit-comments.php#comments-formsentant pas soutenus par leur hiérarchie.

      J’espère avoir -avec plus ou moins de bonheur- répondu à vos questions
      Alain

  3. Je voulais juste dire que la balle n’était pas uniquement dans le camp de la BU, et que nous avons affaire à une partie de public qui accepte très modérément les contraintes de la vie collective, sans même parler de l’observation du règlement .

    « Respect de l’autre, politesse, service à rendre », je pense que c’est la moindre des choses de la part du personnel, effectivement.
    Mais si ces conditions sont, même un peu inégalement, réunies, et que les interventions du personnel sont accueillies au mieux avec indifférence, laquelle peut virer rapidement au mépris + ou – affiché, sinon même oralement exprimé, nous sommes pour finir singulièrement démunis.

    Quant au soutien de la hiérarchie pour assurer ce que vous appelez modestement « un calme relatif » (dont chacun n’a d’ailleurs pas la même perception) en salle de lecture, je ne crois pas que les collègues (ici) en soient dépourvus.
    Pour autant, tous ne sont pas armés pour faire face, et l’encadrement ne peut quant à lui être en permanence sur le terrain, sans parler de l’usure que peuvent engendrer des interventions à répétition.

    En tout cas, quand ce quotidien un brin prosaïque domine, la BU d’Angers apparaît logiquement comme un modèle passionnant, dont les images paraissent parfois provenir d’une autre planète …

    • Bonjour

      nous avons affaire à une partie de public qui accepte très modérément les contraintes de la vie collective, sans même parler de l’observation du règlement

      Tout à fait d’accord. Nous avons aussi bien sûr ce type de public. Nous sommes également en présence d’attitudes d’impolitesse ou de mépris. Mis je reste persuadé que l’attitude du personnel peut faire évoluer cela. Être poli, souriant, désarme assez souvent l’impolitesse. Il faut du temps, de la patience, bien sûr, qualités dont nous manquons parfois lors de journées difficiles…
      Alain

  4. […]  comparaison n’est pas raison […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :