Publié par : kantreadenn | 7 mars 2012

Le meilleur des mondes


Voilà un moment que j’ai cet article sous le coude, et que je ne savais trop quand le publier. J’aime bien avoir une bonne raison de publier, et ça y est, l’occasion m’en est donnée.  Nous avons actuellement à la BU de Chambéry une stagiaire conservateur de l’ENSSIB. Elle est arrivée lundi 5 mars, et à l’heure et au jour -mercredi 7 mars, 13h- où j’écris cet addenda, elle ne nous a pas encore été présentée. Elle est parmi nous pour 3 semaines, et est censée découvrir nos services. Je l’ai croisée ce matin -enfin, je ne savais pas que c’était elle- dans les espaces professionnels, et je me suis donc renseignée auprès d’une collègue qui m’a indiquée que cela devait être la stagiaire. Que notre direction ne juge pas utile de nous présenter cette personne me parait déjà anormal. Mais que cette personne, d’elle-même, ne se présente pas lorsqu’elle croise des personnes dont elle ne peut ignorer qu’elles sont bibliothécaires, me paraît être l’exemple parfait de ce que je voudrais développer ci-après.! Et voici donc le  motif parfait pour parler des relations professionnelles dans…

…ce monde idéal,  celui des bibliothèques, [je veux parler ici des BU. Il y a trop longtemps que je ne travaille plus dans la lecture publique pour en parler] où tout le monde s’entend bien avec tout le monde, où chacun est prêt à travailler avec tous ses collègues, quelque soit leur situation, et que ni la hiérarchie, ni le type de tâches, ni les conditions de travail, ne peuvent mettre en péril cette entente idyllique que l’on ne trouve nulle part ailleurs. D’ailleurs, nous ne pouvons que nous congratuler, car nous possédons les compétences, les outils idéaux pour faire notre travail.

Pourquoi alors certains font-ils courir des bruits -des rumeurs!- laissant penser que tout ne serait pas rose, allant même jusqu’à prétendre que l’ambiance dans certaines bibliothèques serait totalement délétère?

Dans les bibliothèques universitaires, -comme dans toute la fonction publique- on trouve 3 catégories: A, B, C. Pour vous y retrouver, c’est un peu comme le système de notation utilisé pendant un temps à l’école:

A c’est bien, B moyen, et C pas terrible.

[j’ai débuté dans les bibliothèques à une  époque où on trouvait même D, mais là, c’était vraiment trop, elle a été  supprimée]

La catégorie A, c’est celle des cadres. Des gens qui ont fait des études universitaires -licence obligatoire pour le concours externe, mais bac +4, voire + 5, c’est mieux bien sûr. Ils assurent des « tâches » de responsabilité. Mais il faut scinder cette catégorie en deux parties:

  • les « vrais » A, ceux qui ont pour mission de diriger, de représenter
  • les autres, les bibliothécaires -celles et ceux dont c’est le vrai nom- à qui sont distribuées les tâches plus fonctionnelles: par exemple gérer la documentation électronique, ou une équipe de magasiniers…

Alors, bien sûr, quand on est conservateur, les relations avec les autres catégories ne peuvent être au mieux que polies, et de toutes les manières, hiérarchiques. Elles peuvent aussi être inexistantes , soit par mépris, soit parce qu’elles ne s’imposent pas dans le travail. On pourrait donc penser qu’à défaut d’avoir des relations de bon voisinage avec les autres catégories, au moins les A s’entendent bien entre eux. Eh bien, même pas: entre les « vrais » A et les bibliothécaires existe également une relative discrimination, assise sur le fait que le personnel dit scientifique a une idée assez élevée de sa fonction et établit une barrière entre lui et les bibliothécaires.

La catégorie B, c’est celle des BAS. Les -il y a encore peu- bibliothécaires adjoints spécialisés, -maintenant -bibliothécaires assistants spécialisés, sont chargés des tâches techniques exigeant une qualification professionnelle. L’idéal, pour devenir BAS, est d’être titulaire d’un diplôme d’études universitaires scientifiques et technologiques des métiers du livre et de la documentation.

Cette catégorie était également celle du corps des assistants de bibliothèque, qui vient de  se fondre avec celui des BAS. Les BAS avaient parfois une vision quelque peu négative de ces collègues, venus le plus souvent de la catégorie inférieure, et dont les tâches n’avaient pas l’aura qu’a la leur -essentiellement du catalogage et du renseignement bibliographique. Tout le monde va devoir se faire à l’idée qu’il n’y a plus qu’un corps, et que très vite, les BAS de classe normale -grade de rattachement des -ex- assistants, feront le même travail que les autres BAS. Et vice versa. Il est intéressant de remarquer que les magasiniers qui auront la « chance » d’être promus en B deviendront BAS! Voilà qui va faire plaisir à tous leurs collègues.

Les BAS sont donc chargé(e)s -en plus des tâches techniques – de « promouvoir » le livre, et de permettre aux lecteurs de trouver très exactement le document dont ils ont besoin.

La catégorie C, c’est celle des magasiniers. Par définition, les magasiniers sont des exécutants, à qui on ne confie aucune responsabilité -dans la mesure du possible.  Ils sont chargés essentiellement de l’équipement des documents, de leur rangement, et des opérations de prêts retours.

La réalité peut, bien entendu, être toute autre.  Elle est souvent fonction des besoins de l’établissement, de la volonté des responsables  de valoriser -ou non- le personnel. D’autant plus que depuis quelques années est apparue une nouvelle génération de magasiniers. Il s’agit de -plus ou moins- jeunes gens issus d’études universitaires -licence voire plus- qui rentrent dans les bibliothèques par la voie la plus aisée -pour des raisons diverses et toujours respectables- mais qui ont pour but de passer  -et si possible de réussir- le plus rapidement possible les concours de catégorie B et/ou A, qui correspondent plus à leurs attentes. Ces magasiniers préparent les concours, et du même coup, se voient parfois confier des tâches qui ne relèvent pas du tout des statuts de magasiniers, ce qui est à mon avis une très bonne chose, mais bien sûr cet avis n’est pas partagé par tout le monde. A commencer par un certain nombre de magasiniers qui y voient une sorte de discrimination entre les magasiniers de base, qui n’ont pour eux que leur expérience de terrain -et pour les plus anciens d’entre eux un niveau d’étude de fin de collège- et ces nouveaux magasiniers, détenteurs de diplômes qui les font plus proches des B -voir des A- que des C.

Les bibliothèques  ne seraient donc pas le pays des bisounours. Entre:

  • celles et ceux qui considèrent qu’ils évoluent dans des sphères telles qu’ils ne peuvent se commettre avec les catégories ou les corps inférieurs
  • celles et ceux qui ont toujours peur que les catégories inférieures leur prennent leur travail -travail que leurs diplômes leur réservent
  • celles et ceux qui défendent bec et ongles les tâches à eux dévolues par leur statut, mais qui envient ces petits « jeunes » aux dents longues

les bibliothèques peuvent être le théâtre d’affrontements permanents, où les armes vont du mépris le plus absolu aux guéguerres sournoises. Ce qui n’empêche pas bien sûr d’avoir d’excellentes relations avec la plupart de nos collègues. Dans les BU, les A, les B et les C se parlent, échangent, le tout dans une excellente ambiance -d’accord, j’idéalise un peu.

La hiérarchie peut par exemple totalement ignorer sa base sans que cela ne nuise forcément au travail, à défaut de l’ambiance- la condition sine qua non de ces échanges cordiaux étant de ne jamais -ô jamais- empiéter sur le terrain de l’autre.

Mais il me  faut tout de même préciser que la mauvaise qualité des relations -quand elle est mauvaise- ne suit pas uniquement une courbe descendante. Celle-ci peut être également ascendante, les C et/ou les B ne ménageant pas toujours leur peine pour critiquer tel ou tel conservateur ou directeur pour les changements qu’il imprime dans son service.

Certains vont penser que je grossis le trait, mais il suffit de lire régulièrement les blogs, Twitter, de rencontrer des personnes [par exemple dans les échanges entre élu(e)s aux CAP où l’on parle beaucoup de nos expériences et connaissances] pour s’apercevoir que si le sujet est rarement abordé, ces tensions et ces discriminations par le niveau existent bel et bien. Après, on peut toujours discuter du sexe des anges, et dire c’est la faute à ceux-ci ou c’est la faute à ceux-là, mais la situation dans les BU n’est pas très enviable, et  dans d’autres établissements sans doute est-ce la même chose. Je pense en particulier à la BNF où, semble-t-il, on me déconseillerait d’aller travailler*, si l’envie m’en prenait, ce qui je l’avoue, ne m’est jamais venu à l’esprit, et ce dès ma première visite à cet austère établissement en 1976.

*source: Twitter

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Responses

  1. Cerise sur le gâteau : les statuts différents (ITRF, professeurs-documentalistes) historiquement recrutés dans une bibliothèque maintenant largement aux mains des « bibliothécaires » et qui défendent becs et ongles leurs statuts, leurs avantages et leur « prestige »…

    J’ai aussi vu des tensions pouvant aller jusqu’au pugilat entre titulaires et contractuels de longue durée… Le magasinier contractuel étant bien entendu le dernier maillon de cette chaîne alimentaire déchaînée.

    Mais (heureusement), parfois tout va bien, et certaines équipes sont très soudées malgré les lettres qui les séparent. Quel bonheur de travailler dans une équipe cordiale et soudée !


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