Publié par : kantreadenn | 10 avril 2012

La bibliothèque idéale…


n’existe pas, mais à Angers ils ont fait le maximum pour s’en approcher.

Comme je me l’étais promis depuis un bon bout de temps, j’ai profité de mon déplacement en Bretagne, pour, sur le chemin du retour, m’arrêter à Angers, où Olivier Tacheau avait bien voulu prendre sur son temps pour me faire visiter les 2 BU. BU Angers, tout le monde connaît, Olivier Tacheau aussi, on aime ou on n’aime pas, mais force est de constater que le travail réalisé à Angers pour proposer aux lecteurs une bibliothèque vivante et conviviale est une véritable réussite.

Qu’est-ce qui peut amener un magasinier de 58 ans à aller visiter une BU où il n’ira jamais -dommage?- travailler? La curiosité? Oui , bien sûr. Il est toujours intéressant d’aller voir ailleurs si les raisins sont meilleurs que chez soi. Mais pas seulement. Je vais faire bondir quelques esprits chagrins mais ce qui m’a le plus donné envie -en plus de savoir qu’elle avait reçu le prix de l’innovation- c’est la personnalité d’Olivier Tacheau, les idées qu’il professe. J’ai été bluffé par notre 1ère rencontre -voir mon article: journée ABF, les illusions perdues- et il continue de m’étonner. Il est loin, très loin, des chemins battus de la bibliothéconomie, des visions archaïques d’un certain nombre de professionnels, et c’est cela qui m’intéressait: voir l’application sur le terrain des idées qu’il professe. Et je n’ai pas été déçu.

Depuis cette rencontre, j’ai continué d’avoir avec Olivier, et certains de ses collègues d’Angers, des échanges électroniques -FB, Twitter- et c’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’allais les rencontrer IRL. Bien entendu, comme je l’ai déjà dit par ailleurs, pas question d’établir des comparaisons avec d’autres établissements. Pas question non plus de parler des conditions de travail, je préfère laisser ce soin aux professionnels de St Serge et Belle Beille s’ils souhaitent faire des commentaires -je les y encourage vivement d’ailleurs pour qu’on ait un autre point de vue.

J’ai donc rencontré une équipe motivée, pleine d’idées, et un directeur qui considère -et qui a tout fait pour le mettre en application- que, je le cite:

la BU est le salon de l’étudiant quand il quitte sa chambre, et il doit pouvoir y faire ce que toute personne normalement constituée peut avoir envie de faire dans son salon

La BU offre donc des espaces publics, grands, aérés, lumineux, vivants. Des alignements de rayonnages où l’on passe à deux ou trois sans se gêner, des tables de travail à l’air confortable, équipées de prises électriques et de lampes individuelles.  Le tout sur plusieurs niveaux, tous aménagés de la même façon pour que les repères soient identiques. Des espaces « silence » « calme » et « communication ». Ce qui signifie des espaces de bruits de discussions, où les étudiants travaillent. Dans une ambiance que je ne supporterais pas personnellement, mais qui semble -comme on s’aperçoit ailleurs- leur convenir. Une terrasse pour fumer, discuter, téléphoner.

Le lecteur trouvera là des des livres, des PC -en grand nombre- des BD, des DVD, des revues, des journaux, tout ce que l’on trouve -ou devrait trouver?- dans une BU. Il peut manger, boire, fumer, téléphoner, les espaces différenciés ont été pensé pour ces différents usages. La BU est un lieu de vie, un lieu vivant: calme, silencieux, agité, bruyant.

On y voit très peu de bibliothécaires, mais, dit Olivier:

ils n’ont pas besoin de nous

Ce n’est sûrement pas la bibliothèque idéale -d’ailleurs existe-t-elle?- Mais il semble qu’elle soit le plus proche possible de celle imaginée par Olivier et son équipe. Alors, des moyens énormes? Même pas. Du personnel hors-norme? Tout dépend des normes que l’on définit. Des idées, la volonté de les appliquer, de la persuasion.

Tout n’est pas rose, bien sûr. Les ouvertures tardives sont assurées par du personnel non qualifié, ce qui heurte ma part syndicaliste. Mais ma part bibliothécaire dit:

il y a un besoin, on ne peut pas le satisfaire correctement avec les bibliothécaires? Donc on laisse tomber? Ou on le fait avec des moniteurs? Je suis très partagé, et contrairement à d’autres, je n’ai pas de réponse tranchée

Angers n’est sûrement pas une exception, enfin je l’espère. Ce sont certaines autres qui devraient l’exception. Je sais que l’on va me taxer de « tacheauïte » -désolé, Olivier, pour ce néologisme barbare- mais je n’ai jamais pu m’empêcher de croire à l’innovation, au mouvement, à la volonté de rendre un vrai service, alors, forcément je suis enthousiaste. J’ai connu plusieurs BU, en tant qu’étudiant, visiteur, bibliothécaire, et celle-ci est la seule qui m’ait donné une telle sensation de vie, qui m’ait donné la certitude que tout avait été pensé par des professionnels persuadés de créer une bibliothèque pour les lecteurs -et non pour eux.

Alors « m’as tu vu » Olivier et son équipe? Non, bien sûr, mais tellement seuls…

Vous voulez en (sa)voir plus, regardez ceci:

Et si vous vraiment vous n’aimez pas Olivier et son équipe, ses BU et ce qu’elles offrent, ou les idées à partir desquelles cela fonctionne, vous pourrez toujours lire -ou relire- l’effarante production de Vincent Folliot dans l’Oeil Critique. Je ne vous mets pas le lien, ça ne mérite tout de même pas un rétro lien.

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Responses

  1. « la BU est le salon de l’étudiant quand il quitte sa chambre, et il doit pouvoir y faire ce que toute personne normalement constituée peut avoir envie de faire dans son salon ».
    Il est vrai que j’avais oublié qu’il était interdit de manger dans son salon :

    http://bu.univ-angers.fr/billet/2012/ne-laissez-pas-de-traces?destination=node%2F795

    • @Père Duchesne : si votre commentaire visait à démontrer que la BUA ne ressemble pas du tout au salon d’un étudiant, vous faites un peu court. Vous auriez pu dire – Oh ! Dieu ! – bien des choses en somme : c’est inaccessible à 3h du matin, il n’y a pas la télé et on ne peut pas se vautrer dans le canapé avec sa copine pour y faire plein de choses diverses (comme manger une pizza, puisque vous parler de manger).
      D’un autre côté, si vous avanciez (pourquoi pas ?) que la bibliothèque doit rester un temple du savoir, et si je vous demande : « Où est l’autel pour le sacrifice ? » (non, ne répondez pas : la banque de prêt), nous n’en serions pas plus avancés pour savoir, concrètement, quel projet de bibliothèque nous voulons pour nos lecteurs.

      • Bonjour Étienne
        et merci de cette intervention. j’avais préféré ignorer ce commentaire, dans la mesure où il n’apportait pas grand chose à la discussion.
        Je pense que votre réponse est très circonstanciée mais qu’elle ne conviendra certainement au Père Duchesne!
        cordialement
        Alain

  2. Je regrette de ne pas vous avoir croisé lors de cette visite, je fais partie du personnel « heureux » de St-Serge et de ceux qui suivent vos billets ; la prochaine fois, faites plus de bruit 😉

    • Demat mamgoudig
      je suis vraiment désolé également d’autant que Olivier m’a fait passer dans la plupart des bureaux… Peut-être n’étiez vous pas là. En tout cas, c’est bien qu’il y ait du personnel « heureux », et j’espère que nous aurons d’autres occasions de nous rencontrer.
      Alain

  3. Non Etienne vous n’y êtes pas… je faisais simplement remarqué que le billet de la BUA et leur gestion de la nourriture et des boissons était en contradiction avec la volonté « moderne » d’une bibliothèque se réclamant de modèles innovants et où le fait de manger et de boire était possible…

    • Nous avons remis à plat les usages autorisés/tolérés/interdits concernant la nourriture et les boissons cette année dans les 2 BU, à Belle-Beille et Saint-Serge.
      Pour faire simple, nous avons intégré 3 paramètres:
      – les règles doivent être logiques et simples. Elles doivent tenir compte et des contraintes de l’établissement et des usages constatés. En gros, les étudiant.e.s mangeront et boiront toujours en bibliothèque, il est vain de vouloir les en empêcher.
      – si l’on met en place des règles, il faut être capable de les faire respecter. Donc que l’ensemble des collègues les acceptent (d’une part) et les fassent respecter (d’autre part). A la BUA, il n’y pas de consensus au niveau des équipes pour autoriser la consommation de toutes les nourritures (comprendre: sandwichs, chips, salades froides, etc.). Il faut donc trouver un entre-deux entre les (bonnes) raisons, parfois opposées, exprimées par l’équipe de direction (on veut être la première BU de France où il est possible de manger et boire sans entrave => article dans le BBF => communication aux JABES => intervention à l’ENSSIB => même qu’après, tu peux te dire que si t’es devenu.e cons’ gé, c’est un peu grâce aux chips), les équipes (qui vont passer en salle faire respecter – ou pas, d’ailleurs – la règle, et puis je n’ai pas fait ce boulot pour faire la police) et les étudiant.e.s (vers 11h30, y’a pas photo: le ventre gargouille, il pleut dehors => je sors mon casse-dalle).
      – la capacité humaine, et donc financière, à maintenir la bibliothèque propre. Manger un kebab et boire un café ok, si l’on est capable d’assurer un nettoyage des salles de travail toutes les deux heures heures en période d’affluence. Rien qu’à Belle-Beille, le budget nettoyage c’est près de 45 000 euros par an (de mémoire). Alors, un nettoyage toutes les deux heures, on oublie tout de suite. Et puis c’est de la moquette au sol. Vert-de-gris, certes, mais moquette quand même.

      Pour résumer notre position: la BUA, il est officiellement interdit de manger mais, si vous relisez le billet, vous verrez que (très subtilement, je vous l’accorde) la nourriture y est tolérée :

      « Repas, petits déjeuners, goûters ne sont pas autorisés à l’intérieur des BU : tout ce qui fait des miettes, qui tache ou laisse des traces grasses (chips, sandwiches, viennoiseries, salades, crèmes desserts, etc.) doit être consommé à l’extérieur. »

      Tout ce qui fait des miettes, qui tache ou laisse des traces grasses. A contrario, nous tolérons donc tout ce qui ne fait pas de miettes, etc. Oui, il est possible à Philippe Katerine de manger tranquillement sa banane, de boire un coca (en bouteille, pas en canette) ou d’ouvrir un paquet de Mikados au chocolat noir.

      Mais (honteusement) nous ne le disons pas officiellement, parce que notre maillon faible, c’est le nettoyage.

      • Bonjour Maxime
        et merci de cette mise au point. Sans doute éclairera-t-elle un certain nombre de personnes sur ce qu’il est possible de faire -et/ou laisser faire- dans une BU, sans que l’on puisse considérer cela comme du jean-foutisme. Même si cela n’est pas marqué in extenso dans un règlement
        Alain

  4. désolé pour les fautes de grammaire et d’orthographe… d’un billet trop vite écrit…

  5. coucou … vous pourriez pas discuter de sujet plus croustillants.
    Les relations conflictuelles en B.U.

    • Bonjour
      je ne sais pas s’il est plus « croustillant » de parler des conflits!? Mais…vous avez des exemples à Poitiers?
      Alain

  6. Un billet BUA pro en guise d’éclairage sur notre démarche, dans un contexte contraint financièrement où nous n’avons pas fait tout ce que dont nous rêvions – voir bibcamp 2011 adapter les bibliothèques aux nouveaux usages. A titre personnel, j’y mettrais bien des ratons laveurs dans nos BU.

  7. http://bu.univ-angers.fr/billet/2012/angers-beaux-volumes-salon-6000-m2-cuisine-separee


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