Publié par : kantreadenn | 27 décembre 2012

Travailler plus…


…pour gagner plus? C’est un slogan que l’on a pu entendre dans la législature précédente. Et alors, cela donne quoi, concrètement, dans les bibliothèques?

Notre travail, comme celui de l’ensemble des fonctionnaires, est régi par des statuts. Ceux-ci décrivent, entre autres choses, les tâches auxquelles nous sommes assujettis.

Les magasiniers des bibliothèques accueillent, informent et orientent le public. Ils participent au classement et à la conservation des collections de toute nature en vue de leur consultation sur place et à distance. Ils assurent l’équipement et l’entretien matériel des collections ainsi que celui des rayonnages. Ils veillent à la sécurité des personnes ainsi qu’à la sauvegarde et à la diffusion des documents. Ils effectuent les tâches de manutention nécessaires à l’exécution du service.

Les magasiniers principaux et, à titre exceptionnel, les magasiniers peuvent être responsables d’une équipe de magasiniers. Dans cette situation, ils organisent le travail de l’équipe ; ils participent à l’exécution des tâches qui sont confiées aux membres de l’équipe et en suivent la réalisation.

Ce qui ouvre la porte à de nombreuses possibilités et interprétations. Mais c’est, à minima, ce que nous devons faire. Il existe ensuite un certain nombre d’attitudes adoptées par las magasiniers, volontairement ou non:

    • celle de ne faire que ce qui nous est demandé

les magasiniers qui pensent qu’il n’y a aucune raison qu’ils en fassent plus, leur fonction et leur salaire étant ce qu’ils sont.

    • celle de réaliser des tâches « complémentaires » à celles que nous réalisons, qui ne répondent pas exactement à nos statuts, mais qui en sont une suite logique

les magasiniers qui sont dans un stade où il leur paraît utile d’aller un peu plus loin dans l’élaboration des tâches qui sont leur sont confiées, mais sans déborder sur la catégorie supérieure

    • celle de réaliser des tâches relevant directement du statut de la catégorie « B » (catalogage en particulier)

les magasiniers qui préparent des concours, ou qui ont choisi de ne pas s’arrêter aux statuts, ou qui font partie d’équipes où les tâches sont réparties sans tenir compte des catégories (plus ou moins tout de même)

    • celle de réaliser l’une ou l’autre de ces tâches complémentaires ou supplémentaires par obligation, obéissant ainsi à des ordres de la hiérarchie

les magasiniers travaillant dans des établissements où l’on ne tient compte que d’une chose: les décisions de la hiérarchie

A tout cela, il faut ajouter les magasiniers qui, en fonction de leurs compétences, s’inscrivent dans une démarche de formateurs. D’autres qui s’impliquent dans les institutions telles que les CPE, les Comité hygiène et sécurité, les Conseils de la documentation, etc…
Alors quid de ces tâches supplémentaires, qui demandent un investissement personnel, du temps?
Nada, nib, zéro!!! Dans la plupart des cas -il y a de (rares) exceptions bien sûr!- cela vous vaudra, au mieux, la considération de votre chef de service, voire de votre directeur. Mais dans la majorité des cas, « on » trouvera cela très normal, et il n’est pas question que vous en attendiez une quelconque récompense, et encore moins une rémunération complémentaire. Et soyez heureux si cela ne vous vaut pas l’inimitié de vos collègues, dont certains n’acceptent pas que vous sortiez du cadre des statuts.

Alors? Et bien, il faut trouver un juste milieu, vous permettant de réaliser vos tâches dans les conditions qui vous paraissent les meilleures, tant de votre point de vue que celui de votre hiérarchie -après tout, une bonne relation avec elle peut sensiblement améliorer vos journées!!!- mais sans éprouver en permanence la sensation d’être pris pour un « gogo ». Mais en sachant que, jusque dans un avenir qui reste malheureusement à déterminer, notre situation ne s’améliorera vraisemblablement pas, que la plupart des magasiniers continueront de percevoir un salaire ridicule, sans aucune considération pour le travail réalisé. Et vous pouvez aussi vous impliquer -ou vous impliquer plus encore- pour essayer de faire avancer les choses.

Publicités

Responses

  1. Excellente problématique, qui a le mérite d’être ouvertement abordée, et qui n’a hélas pas de solution très simple. Dans mon établissement, je croise nombre de collègues magasiniers, et j’y retrouve tout à fait certaines des catégories décrites ci-dessus.
    Je rajouterai pour ma part le fait que -dans les universités au moins- les évolutions des pratiques de nos lecteurs et le passage d’une documentation papier vers des ressources électroniques sont en train de changer profondément les métiers des bibliothèques, et en premier lieu celui des magasiniers.
    Moins de banque de prêt, moins de magasins, moins d’équipement, moins de bulletinage, etc… A l’heure de la LRU et des RCE, il est évident que des choix cornéliens attendent la filière d’ici 5-10 ans.
    Le débat est lancé, Merci Alain pour ton blog !

  2. Comme on le billet a démarré par les statuts, la liste des attitudes adoptées commence par se limiter au strict minimum.

    Mais du coup, on se pose la question du « travailler plus » en évacuant du débat la masse des personnels qui sont dans l’attitude du « faire moins » que ce qui est demandé.
    Pour plein de raisons que je ne juge pas, abîmés par la vie : usés professionnellement, malades physiquement ou psychologiquement, devenus inadaptés au poste, en difficulté économique et sociale, mal gérés managérialement, ou mobilisés mentalement ailleurs que dans la vie professionnelle.

    On en a tous connu dans nos établissements, tristement. Et c’est tellement marquant que je me disais « il manque quelque chose ». 😉

    • Bonjour Olivier
      je dois avouer que j’ai un peu de mal à saisir le début de votre commentaire…
      Pour le reste c’est très clair, et si je n’en ai pas parlé, c’est que je n’avais pas l’impression qu’il y en ait tant -je suis naïf? Il y a des gens en situation difficile psychologiquement, mais cela ne fait pas de tous des « inadaptés » au poste.
      Par contre votre remarque sur la mauvaise gestion managériale est très juste et peut même s’appliquer à l’ensemble d’équipes, en fonction du responsable.
      Il y a vraisemblablement des gens qui ne font pas le travail pour lequel ils sont -peu- rémunérés, mais représentent-ils une masse? Je n’ai pas de réponse…
      merci en tout cas de votre commentaire
      Alain

  3. Oui, il y a tout un nuancier de situations qu’il est difficile de retranscrire dans un post. J’ai peu d »expérience professionnelle, mais je n’ai jamais rencontré deux bibliothèques qui se ressemblent ! Et heureusement.

    Dans l’équipe où je suis actuellement, je pourrai dire zéro personnels, tout le monde est actif et fait au moins le minimum et même plus ; le niveau d’exigence du public et des tutelles fait qu’il peut difficilement en être autrement.
    Mais dans un autre établissement où je suis passé il y a quelques années, je pourrai dire qu’un bon 1/3 de l’équipe (moi compris) était en deçà de ce qui était demandé en terme de présence, de production ou de service ; à différents niveaux de décrochage de la vie professionnelle, il y a tout un panel de nuances de situations personnelles. J’ai toujours dit qu’il y avait là-bas la matière pour écrire un livre à la manière de Zoé Shepard si quelqu’un voulait s’y risquer (le problème serait surtout de rendre drôle ce qui est triste au départ). Le vécu y était au delà de la caricature, irracontable (je préfère d’ailleurs souvent le faire raconter par d’autres collègues passé par le même EPCA parisien. 🙂

    Le ressenti que j’ai en gestion RH pour le moment, c’est que les choses fonctionnement mieux dans les petites structures (bib d’UFR, de centres de recherche) que dans les grosses structures (BU centrales, bibliothèque nationale).
    Dans les premières tout le monde peut se sentir utile, en polyvalence stimulante des tâches sur le poste, partager le même espace de travail que les A-B et apprendre presque par imprégnation, et savoir concrètement pourquoi ils travaillent. Dans les secondes, l’agent peut se sentir interchangeable et inutile dans la masse, se demander si ce qu’il fait est utile ou pas dans les ordres et contre-ordres, où sont les missions et les publics dans une usine à gaz, et la segmentation des espaces et des catégories ne pas aider à progresser.
    Je changerai peut-être d’avis plus tard, sur le rapport taille/productivité des structures, j’ai déjà nuancé mon discours sur certains sujets par rapport à l’époque où j’avais passé les concours…

  4. En détail sur les tâches « complémentaires » et le problème du travailler plus, c’est une chose qui fonctionne assez bien chez nous, en grande partie je pense parce que c’est sur la base du volontariat, sur proposition de la hiérarchie ou sur expression de l’agent. Si ça avait été imposé, ou fait sans rapport avec le CV des agents, je pense que ça se serait dirigé tout droit vers un conflit social.
    Je suis dans une équipe pour moitié composée de magasiniers dit « traditionnels » et pour moitié de « néo-magasiniers » (ou « faux-magasiniers » ou appelés comme chacun veut, il y a peut-être des dénominations locales folkloriques que je ne connais pas encore). 🙂

    Statutairement sur une dizaine de personnes presque tous titulaires, un ou deux contractuels selon les années, et aucun moniteur étudiant ; ça c’est moins courant.
    Là dedans, on a deux mag qui travaillent aux formations usagers de 1° cycle, un mag qui travaille à la communication, deux mags qui font du renfort catalogage ; les autres mags travaillent autant, bien sûr, mais leurs « extras » s’orientent plus vers des tâches collectives et restent plus proches des statuts. Dans la première catégorie on trouve surtout des néo-mags (diplômés de second cycle universitaire et/ou réorientés de la voie enseignement, titulaire d’un DUT Doc) ; dans la deuxième catégorie on trouve surtout les mags traditionnels (non-diplômés, entrés plus anciennement dans le métier, anciens catégorie D reclassés).
    Au total, on arrive -hors périodes de vacances- à être assez nombreux pour remplir à la fois le planning des postes de service public, et à la fois à faire en travail interne (soit les tâches collectives équipement/rangement, soit ces tâches complémentaires individuelles).

    Pour le moment, ça fonctionne plutôt bien (chacun a ses mauvais jours), ça permet à chacun d’essayer de trouver un espace qui lui corresponde ; sans rétribution matérielle ou symbolique. C’est même indispensable pour certains agents de ne pas se sentir enfermés ou piégés par leur statuts (on va jusqu’au niveau Master, dans le niveau de qualification des membres de notre équipe), psychologiquement parlant.
    Mais sur le long terme, est-ce que ça va tenir ? Est-ce que les uns ou les autres ne vont pas se dire au bout de tant d’années à 1200€, à faire marcher à la fois les bras de ses tâches « statutaires » et la tête de leur « passé » étudiant, à faire du comparatif avec la situation moins exigeante des catégories C des autres composante de l’université, que zut et flûte, c’est « trop pas juste » ? Je ne sais pas ce qui risque craquer en premier, des statuts ou des agents, sur le très long terme ; mais je me pose la question.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :