Publié par : kantreadenn | 24 juin 2014

Je suis venu vous dire…


Quand j’ai décidé d’écrire ce bilan, je ne pensais pas qu’il en résulterait un texte aussi fourni. Aussi, je vais le publier en 2 parties, sinon peut-être n’irez-vous pas au bout. Ce serait dommage, parce que s’il n’est pas d’une grande qualité littéraire, c’est en quelque sorte un cri du cœur pour que les magasiniers, qui forment la colonne vertébrale des bibliothèques, soient reconnus et mieux considérés, que leurs difficultés soient prises en compte. [et puis, j’ai passé du temps à l’écrire, alors…]

La première partie retrace brièvement mon parcours d’élu, puis les difficultés des CAPN. La seconde évoque les syndicats, les collègues, l’attitude que nous avons, celles que nous devrions avoir, avec une petite conclusion.

N’hésitez pas à commenter. A compter du 1er septembre, je ne serai plus commissaire paritaire des C -ce qui va en réjouir certains- mais si vous le souhaitez, vous pourrez toujours dialoguer avec moi -par le biais de mon blog qui ne va pas s’arrêter là, par exemple- même si parfois je vous renverrai vers mes collègues. Avant de passer au bilan, je tiens à vous soumettre une réflexion personnelle que j’ai souhaité mettre en avant, parce qu’elle me paraît extrêmement importante, et qu’elle n’est pas comprise -voire pas acceptée- par un certain nombre de mes collègues élus :

chacun d’entre nous a le droit d’être défendu, et chacun d’entre nous -les élus- avons le devoir de défendre chacun d’entre nous. Et ce, quelque soit la raison pour laquelle untel doit être défendu. Il faut savoir que tout commissaire paritaire peut être amené à siéger en CAP disciplinaire. Et là, je considère que peu importe ce qui est reproché à l’agent, ses droits doivent être défendus. Point. Je n’aime pas entendre :

tout le monde ne peut pas être défendu

ou

ce cas est indéfendable

Je trouve cela inadmissible. Que ces gens-là aillent faire autre chose !

la vérité doit être dite, peu importe par qui, la justice doit être rendue, peu importe pour qui

Malcom X


il y a 8 ans, le syndicat me contactait pour savoir si je voulais être candidat aux élections professionnelles pour représenter les magasiniers -principaux 1ère classe- lors des commissions paritaires. J’acceptais et fus mis sur la liste. Je « terminais » en 3ème position, et donc n’étais pas appeler à siéger. Deux ans plus tard, le titulaire ne pouvant plus siéger pour des raisons personnelles, je devins -par le jeu des chaises musicales- suppléant du nouveau titulaire. Je participais à une CAPN, pour découvrir le fonctionnement de cette instance, et le travail des commissaires. Et puis très rapidement, je devins titulaire. Au même moment, le syndicat organisait une « formation » ouverte aux commissaires des trois catégories, qui tourna à un moment à l’affrontement. Et petit à petit, je découvris les arcanes de cette instance. Mais ce ne fut qu’à partir des élections suivantes -où je fus élu titulaire que je pris vraiment ma place, où je pus enfin m’exprimer, et donc défendre les dossiers. En particulier dans les 2 CAPN disciplinaires où j’ai eu à siéger, et qui sont de véritables chambres de condamnation. Vous comprendrez aisément que je ne puisse pas m’étendre sur ce sujet.

Les CAPN sont constituées d’une part de représentants de l’administration, dont le nombre est égal à celui des représentants des magasiniers de bibliothèques -qui eux sont élus. 16 personnes ont donc la charge de traiter les dossiers, mais dans la réalité, les suppléants sont autorisés à prendre la parole. Ils ne participent par contre pas aux délibérations, sauf s’ils remplacent un titulaire absent. Durant mes mandats, il y avait 3 syndicats représentants les magasiniers :

SNASUB-FSU, la CGT, FO.

Toutes les CAPN auxquelles j’ai participé ont connu des moments difficiles, en particulier bien sûr lorsque nous nous opposions à la parité administrative sur des sujets brûlants. La dernière fut sans aucun doute la plus difficile, nous avons hérité d’une présidente de commission particulièrement « droit dans ses bottes », pour qui les états d’âme sont inutiles, et même non-productifs.

Il faut savoir que les relations que nous avons avec les représentants de l’administration ne sont pas aisées. D’abord, ce sont quasiment tous des chefs de bureau, des conservateurs généraux, voir même un DRH, donc des personnes très conscientes de leur importance. Certaines d’entre elles sont très sympathiques, d’autres beaucoup moins, on ressent chez chacun d’entre eux une sorte de supériorité vis à vis des C, pour certains -peu nombreux heureusement- une touche de condescendance, voire du mépris. Et évidemment, ils parlent tous d’une même voix, même si nous avons pu nous apercevoir que, de temps à autre, il arrive qu’un de leur membre fasse part d’un avis légèrement différent, ce qui ne l’empêche pas de voter comme le reste des membres de l’administration.

En ce qui concerne les représentants élus des personnels, nous avons toujours travaillé dans une bonne entente, faisant en sorte d’être unanimes dans la défense des dossiers, les réunions préparatoires -la veille de la CAPN- nous permettant de nous mettre en accord pour aller d’un seul front affronter l’administration.

Malgré cela, il reste des divergences -ce qui est assez normal puisque nous sommes de syndicats différents- et la ligne à suivre achoppe parfois. Et même au sein d’un même syndicat, il n’est pas toujours facile de concilier les vues de tout le monde. Et même quand nous sommes d’accord sur les principes, les désirs d’actions ne satisfont pas forcément tout le monde. Il nous faut alors discuter, et se mettre d’accord, ce que nous avons toujours réussi à faire, même si certains -cela m’est arrivé- sont obligés de manger leur chapeau pour que notre voix soit unanime. C’est une chose très difficile que de renoncer à sa position lorsque la majorité l’exige…

Les CAPN passant, j’ai pris suffisamment d’assurance -celle-ci dépendant beaucoup des connaissances de la machine administrative- pour pouvoir expliquer, argumenter, défendre mon point de vue, soit entre nous, soit face à la parité administrative. Même si parfois, la révolte gronde en nous, il faut faire en sorte de rester calme, et ne pas céder à un énervement souvent justifié, énervement dû aux positions parfois insoutenables de l’administration. Connaissant bien la situation des magasiniers -puisque nous sommes magasiniers- nous savons comme cela peut être difficile, voire impossible, de concilier travail et vie de famille, en particulier lorsqu’un concours vous a emmené loin de vos bases (à Paris quand vous venez de la province, par exemple), que l’on sait que dans certains établissements -la BNF par exemple- on exige des magasiniers nouvellement arrivés de tenir 3 ans avant de demander une mutation -nous avons eu le cas d’une collègue à qui la BNF a donné un avis défavorable à son départ parce qu’il manquait 3 mois pour faire 3 ans et qu’elle était un membre indispensable au bon fonctionnement du service! Peu importe qu’elle soit séparée de son conjoint, qu’elle doive faire des pieds et des mains pour joindre les deux bouts…

Une réflexion faite par un haut cadre de l’administration lors d’une CAPN et à qui nous essayions de faire comprendre les difficultés liées aux bas salaires :

oh, mais je sais ce que c’est que de vivre avec un SMIC !!!

Devant nos protestations scandalisées, il a quand même admis que ses mots avaient été déplacés !

Un autre à qui nous expliquions la nécessité d’accorder la mutation à un agent qui demandait outre-mer où toute sa famille réside, et à qui la CAPN ne l’a pas donné :

vous savez, nous ne pouvons faire de différence entre un agent qui va voir sa famille un week-end à Clermont-Ferrand ou à La Réunion

Protestations inutiles, l’affaire était entendue !

à suivre…

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