Ma gueule…

qu’est-ce qu’elle a ma gueule?

 

Voici le texte qui m’ a été consacré dans le supplément du numéro de juin 2012 de la revue  BBF, article intitulé:

la gueule de l’emploi

Encore tous mes remerciements à Anaïs Guyot pour la qualité du texte, la patience dont elle a fait preuve face à un grand bavard, et pour la retranscription parfaite de mes idées.

Un grand merci aussi à Loïc Trujillo pour l’immense qualité de ses photos!

LA BIBLIOTHÈQUE AUX LECTEURS!

Le rude climat des montagnes n’a pas réussi à éteindre la chaleur d’Alain Carré, magasinier à la BU Droit-Lettres de
Chambéry. Connu pour son blog Ma(g)bu, passionné du livre et des bibliothèques, Alain Carré veut, à 58 ans, faire changer les choses. Ce Breton a eu la chance d’avoir des parents qui lui ont inculqué la soif de lire. «Très tôt, ils m’ont emmené dans la bibliothèque de notre ville et très tôt, j’ai eu le droit de lire tout ce que je voulais ». Dès lors, difficile de ne pas vouloirtravailler dans le monde des livres. Mais celui qui n’a pas eu l’occasion de faire des études s’est vu naître une seconde passion, celle de la conduite. Après un Certificat d’Aptitude Professionnelle de chauffeur poids-lourd et de bus, il devient chauffeur-magasinier en Bibliothèque Centrale de Prêt et sillonne au volant de son bibliobus les routes de l’Eure, puis d’Ardèche. Père au foyer durant une dizaine d’années, il retourne à ses premières amours et est depuis 1996 magasinier principal à la BU de Droit et de Lettres à Chambéry.
Autodidacte, ses compétences en informatique lui permettent d’avoir quelques responsabilités supplémentaires panachant l’éventail de ses tâches de magasinier, comme la gestion des dates de retour et des relances pour retards. Alain Carré est technophile, dans le bon sens. Pour lui, la technologie doit avoir pour but essentiel d’améliorer les choses:

je m’oppose avec virulence à ceux qui prétendent que l’ebook va tuer le livre. Le livre ne disparaîtra pas parce qu’apparaissent les liseuses, c’est simplement une lecture autre, une autre manière d’aborder la lecture. J’aimerais qu’on le propose aux lecteurs qui ont besoin d’un support pratique et adapté

Sa préoccupation majeure? Rendre la bibliothèque à ses lecteurs, les étudiants. Selon lui, des considérations administratives ou technologiques font oublier que le rôle premier de la bibliothèque est de fournir de l’information aux usagers, corne d’abondance des savoirs. En ce qui concerne son métier, le bibliothécaire (au sens large) est

quelqu’un d’ouvert, qui a des envies d’évolution pour la bibliothèque, en utilisant tous les outils, techniques ou non, pour offrir le plus de services utiles au lecteur

Virulent et iconoclaste, il déplore qu’une hiérarchie par trop rigide nuise au bon fonctionnement d’un établissement au sein duquel les « petites mains» ont un rôle prépondérant.

Il ne peut pas y avoir de bibliothèque sans magasinier ; ne pourrait-il pas y avoir une bibliothèque sans conservateur? On est la cheville ouvrière des bibliothèques

Alain Carré esquisse dans son blog des réflexions provocatrices qui, loin d’un discours formaté, visent à alimenter le débat sur la profession de demain, en pleine période de refonte et de redéfinition des métiers.

Ma(g)bu a été conçu comme un instrument de dialogue avec sa direction, mais au grand désespoir d’Alain Carré, ce blog se heurte à l’indifférence de la plupart de ses collègues, bien qu’il soit largement commenté et cité dans la blogosphère. Sur Ma(g)bu, il parle de son quotidien professionnel, évoque le plaisir du travail et soulève des questions de fond. Seul magasinier s’exprimant sur la Toile, son angle de vision positionne le débat sur des points essentiels. Comment moderniser un établissement, faire revenir les lecteurs ? Comment être présent efficacement en ligne ? Dans sa BU, il se penche sur les conditions de travail, questionnantles postes de chacun, prônant une dé-segmentation des tâches, plus en accord avec les compétences dechaque agent, afin d’améliorer le service rendu.

Je ne veux prendre le travail et les responsabilités de personne, mais je veux un travail qui évolue. On ne nous donne pas la possibilité de démontrer nos capacités, et c’est, à mon avis, un tort

Ancien pompier volontaire, correspondant sécurité, commissaire paritaire national, formateur bénévole durant plus de dix ans, il aime s’engager pour faire changer les choses. Ce qui l’a le plus marqué ? Une réflexion entendue alors qu’il proposait d’aider au service public :

le travail intellectuel, c’est le nôtre ; le travail physique, c’est le vôtre

Or, qu’ils soient magasiniers, bibliothécaires ou conservateurs, tous les agents sont à ses yeux bibliothécaires. Convaincu de l’importance de la mission de service public de la profession, le cœur du métier serait alors d’

être capable de se prêter à une évolution personnelle pour servir le public et lui offrir ce dont il a besoin, et non pas ce dont nous pensons qu’il ait besoin

dans une optique résolument portée vers le lecteur.

Texte: Anaïs Guyot
Photo: Loïc Trujillo

1953: Naissance.
1976: Chauffeur-magasinier
de bibliobus à
la Bibliothèque Centrale de Prêt de l’Eure, à Évreux.
1982: Chauffeur-magasinier de bibliobus à Privas en Ardèche
1984: Arrête de travailler pour se consacrer à son nouveau métier de père au foyer
1996: Magasinier principal à la Bibliothèque Universitaire Droit-Lettres de Chambéry, en Savoie.
2009: Création du blog

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